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LE PRIX NELLY SACHS DE TRADUCTION LITTÉRAIRE (PRIX ASSOCIÉ)
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RENCONTRES 2011

6es RENCONTRES EUROPÉENNES DE LITTÉRATURE À STRASBOURG













YVES BONNEFOY
Invité d’honneur

TONY HARRISON
(Grande-Bretagne)
traduit par Cécile Marshall

DENISE DESAUTELS
(Québec)

RULMAN MERSWIN
(Strasbourg, 1307-1382)
Traduit par Jean Moncelon et Éliane Bouchery

CLAUDIO RODRIGUEZ
(Espagne, 1934-1999)
Traduit par Laurence Breysse-Chanet

Ces 6° Rencontres Européennes de Littérature sont organisées par l'Association Capitale Européenne des Littératures (ACEL) grâce au parrainage de l'Université de Strasbourg. Elles s'inscrivent dons le cycle Traduire l'Europe, présenté par la Médiathèque de Strasbourg du 4 ou 12 mars 2011.

Fondée en 2005, l'ACEL s'est donné pour vocation de promouvoir la place de Strasbourg, siège des institutions européennes, comme capitale d'une Europe des peuples et des cultures. Aider les peuples européens à se reconnaître mutuellement à travers les figures emblématiques de leur littérature ; aider les peuples francophones à se reconnaître dans une langue française qui ne soit plus vécue comme contrainte mais comme choix de valeurs et d’ouverture sur le monde ; mettre au service de cette double prise de conscience l’expérience de l’Alsace, déchirée au travers des siècles entre les langues et les cultures, mais riche d’un exceptionnel patrimoine littéraire qui reste à découvrir et à valoriser : c’est une immense ambition – et une nécessité.

Association Capitale Européenne des Littératures (ACEL), 06 74 08 39 39.

AUTOUR D'YVES BONNEFOY, invité d'honneur

VENDREDI 11 MARS 2011 – 14 H 15
Conférence inaugurale
Les lettres de Hofmannsthal et la question de la poésie
Palais universitaire, salle Louis Pasteur, place de l’Université
Séance animée par Patrick Werly.

Traduit et étudié dans le monde entier, auréolé des plus hautes distinctions, Yves Bonnefoy est l’un des écrivains français les plus importants d’aujourd’hui. Son œuvre de traducteur et d’essayiste est aussi considérable que celle du poète, inaugurée en 1953 au Mercure de France avec son recueil Du mouvement et de l'immobilité de Douve.
Car, bien au-delà des habituelles frontières de genres littéraires, Yves Bonnefoy attend surtout de l’écriture de l’aider à vivre. En témoigne encore son essai Notre besoin de Rimbaud (Seuil, 2009) : « Je dois à Rimbaud, écrit-il, la révélation de ce qu'est la vie, de ce qu'elle attend de nous, de ce qu'il faut désirer en faire. » Écrasés que nous sommes par la tyrannie de besoins factices, l’écriture nous ramène à l’essentiel : « La poésie a accès à nos vrais besoins, lesquels sont d'assumer notre finitude, d'en reconnaître l'infini intérieur […], de nous ouvrir de ce fait à des rapports de plus d'immédiateté à nos proches dans une société qui pourrait en être transfigurée. »

Avec Rimbaud, mais aussi Pétrarque et Leopardi, Shakespeare, Keats et Yeats, avec Hugo von Hofmannsthal, figure majeure de la modernité, Yves Bonnefoy nous ouvre la voie à une réflexion nouvelle sur la littérature et sur l’Europe.

AUTOUR DE DENISE DESAUTELS

VENDREDI 11 MARS 2011 – 10 h 30
Rencontre des étudiants de l’Université avec Denise Desautels  
UdS, UFR des Lettres, bât. Le Portique, salle  409, 14 rue Descartes
Séance animée par Pascal Maillard.

Denise Desautels est née  à Montréal en 1945. Son premier livre paraît aux Éditions du Noroît à Montréal en 1975. Parallèlement à une œuvre poétique abondante, elle écrit des textes dramatiques qui seront diffusés sur de nombreuses radios francophones. Deux anthologies ont paru en 2004 et en 2007 : Mémoires parallèles, à Montréal, puis, en traduction anglaise, The Night Will Be Insistent, à Toronto. Son œuvre a reçu de nombreuses récompenses, parmi lesquelles en 2009 le prix Athanase-David, la plus haute distinction littéraire du Québec.

VENDREDI 11 MARS 2011 – 15 h 30
Hommage à Denise Desautels
Palais Universitaire, salle Louis Pasteur, place de l’Université
Avec Denise Desautels et Paul Bélanger.
Séance animée par Pascal Maillard.
Lectures par l’auteur.

Denise Desautels est aujourd’hui une des grandes voix de la littérature de langue française. Mais voilà : elle est québécoise, et les livres publiés dans la Belle Province ne franchissent pas toujours l’Atlantique : « Je suis née au milieu de l’autre siècle, écrit-elle, à Montréal, dans la partie francophone de la ville […] Je parle français à l’autre bout du monde, et c’est un miracle – ou une aberration. »

À travers des livres bouleversants comme La promeneuse et l’oiseau (1980), Ce fauve, le Bonheur (1998) ou le magnifique Tombeau de Lou (2000) s’est construite une œuvre dont le ton est immédiatement reconnaissable, âpre et sans concession, mais toujours dans l’ellipse et la retenue. Douée d’une rare force intérieure, cette écriture est puissante à « décaper l’intimité » pour atteindre « l’histoire vraie, l’ossature grêle qui protégé l’âme ». Auteure de nombreux livres d’artistes, Denise Desautels est aussi animée par une passion pour les arts visuels. L’écrivain Paul Bélanger, directeur des Éditions du Noroît, est l’un des meilleurs connaisseurs de la littérature québécoise.

AUTOUR DE RULMAN MERSWIN

VENDREDI 11 MARS 2011 – 11 h
Le Tauler de Strasbourg et les Amis de Dieu
Exposition du 28.02.11 au 20.03.11
Médiathèque protestante, 1 bis quai St-Thomas.
Visite guidée de l’exposition par Rémy Vallejo.

Maître Eckhart (1260-1328) vit douze années décisives à Strasbourg. Jean Tauler (1300-1361) y passa sa vie. Si le rôle de Strasbourg est ainsi déterminant, au début du XIVe siècle, pour la mystique rhénane, il l’est tout autant à la fin de ce siècle pour le mouvement des Amis de Dieu, autre moment fort de la culture européenne. L’époque est terrible : trois séismes en 1346, 1348 et 1356, la grande peste de 1347 à 1349, entraînant fanatisme, pogroms, famines, brigandages. Face à cet effondrement de la société civile et religieuse, un mouvement de laïques s’organise, animé d’une profonde méfiance vis-à-vis des puissants et des clercs et prônant une vie intégralement évangélique. Ces caractéristiques en feront l’inspirateur direct de la Réforme ainsi que de ses prolongements spirituels et artistiques jusqu'à l'époque romantique.

VENDREDI 11 MARS 2011 – 17 h

Hommage à Rulman Merswin
Palais Universitaire, salle Louis Pasteur, place de l’Université
Avec Jean Moncelon, Éliane Bouchery et Rémy Vallejo.
Séance animée par François Pétry.
Lectures par Martin Adamiec.

Rulman Merswin (1307-1382) est le fondateur des Amis de Dieu. Riche banquier strasbourgeois, il décide à 40 ans de se retirer des affaires. Jean Tauler devient son directeur spirituel. En 1366, il fonde la maison de l’Île-Verte destinée à devenir un ermitage pour des laïques désireux de vivre une vie authentiquement évangélique au cœur de la cité. Ce lieu est aujourd’hui le site de l’ENA… Merswin laisse une œuvre spirituelle abondante, conservée à la BNU et aux Archives de Strasbourg.
SAMEDI 12 MARS 2011 – 20 h 30
Lecture-concert sur l’orgue d’Albert Schweitzer, en dialogue avec la voix de l'Oberland
Église Saint-Guillaume, 1 bis rue Munch
Avec Daniel Maurer (orgue) et Julie Pierre-Jean (ondes Martenot)
Présentation par Rémy Valléjo.
Lectures par Daniel Boch.

« Un jour, écrit Merswin, Dieu commanda à un homme de l’Oberland de descendre à ma rencontre. Cet homme était un parfait étranger pour les gens d’ici, mais il devint mon ami caché. Je devins aussi intime avec lui qu’avec Dieu, et lui confiai tous les secrets de mes quatre années de naissance spirituelle. »

Inspirée par Jean Tauler, l'œuvre de Jean-Sébastien Bach rentre en résonance avec la voix de l'Oberland.

AUTOUR DE TONY HARRISON

VENDREDI 11 MARS 2011 – 22 h
Projection de films de Tony Harrison
Cinéma L’Odyssée, 3 rue des Francs-Bourgeois
Présentation par Tony Harrison et Cécile Marshall.

Homme de théâtre (5 volumes chez Faber & Faber), homme d’opéra marié depuis 1984 à la cantatrice Teresa Stratas, Tony Harrison (né à Leeds en 1937) est l’auteur d’une œuvre cinématographique abondante : son premier film/poème, The Blasphemers’ Banquet, est réalisé en 1989 pour la défense de Salman Rushdie. Black Daisies for the Bride (1993) remporte en 1994 le Prix Italia.

L’année 1998 marque sa consécration de cinéaste avec le long métrage Prometheus. Deux ans plus tard, il explore les possibilités du numérique avec Metamorpheus. Crossings (2002) est un remake de Night Mail, film pionnier dans le mélange de la poésie, de la musique et du documentaire auquel collaborèrent W. H. Auden et Benjamin Britten en 1936.


SAMEDI 12 MARS 2011 – 15 h
Hommage à Tony Harrison
Palais du Rhin, salle des fêtes, 2 place de la République
Avec Tony Harrison, Cécile Marshall et Andrew Eastman.
Séance animée par Vladimir Fisera.
Lectures par l’auteur et Fred Cacheux.

Pressenti à la mort de Ted Hughes en 1998 pour lui succéder au poste de poète de la Reine (Poet Laureate), Tony Harrison le refusa avec éclat. Est-ce cette gloire officielle qui a manqué à Harrison pour être célébré en France à sa juste grandeur ? Est-ce sa personnalité hors norme, son engagement à l’extrême-gauche de l’échiquier politique du Royaume, son talent multiforme : poète, dramaturge, cinéaste, traducteur, grand reporter ?

Poète prolétarien et helléniste distingué, pourfendeur du thatchérisme puis du blairisme et républicain déclaré, Tony Harrison détone, déroute. Une sorte de Pasolini d’outre-Manche ? Mieux encore : l’un des écrivains les plus originaux, les plus puissants et les plus tendres de  l’Europe d’aujourd’hui : « Poésie en colère, sans concession, militante, elle est marquée d'un humanisme passionné qui croit en la libération par l' ‘‘éloquence’’, c'est-à-dire par la voix qui parle d'au-delà des différences » (Michel Rémy).

AUTOUR DE LA TRADUCTION

SAMEDI 12 MARS 2011 – 10 h 30
L’Europe, le  livre, la traduction
Table-ronde avec Yves Bonnefoy, Laurence Breysse-Chanet, Michel Deneken, Denise Desautels, Tony Harrison, Cécile Marshall et Jean Moncelon
Librairie Kléber, salle blanche, 1 rue des Francs-Bourgeois
Débat animé par Jean Lebrun,
en partenariat avec France Culture.


Sans traduction, pas de littérature européenne. Cette situation empêche les grandes œuvres de se refermer sur elles-mêmes : elles renaissent à chaque époque et dans chaque langue. Est-ce le propre de l’Europe ? D’une civilisation du livre ? Et qu'en est-il aujourd'hui où le livre, nous dit-on, peut disparaître ?

SAMEDI 12 MARS 2011 – 17 h 30

Traduire Claudio Rodriguez (1934-1999)

Librairie Kléber, salle blanche, 1 rue des Francs-Bourgeois
Avec Laurence Breysse-Chanet.
Séance animée par Marjolaine Piccone.

Le Prix Nelly Sachs 2010 a été décerné à Laurence Breysse-Chanet pour sa traduction de Don de l’ébriété, de Claudio Rodriguez, reconnu comme son maître par Antonio Gamoneda, premier Lauréat du Prix Européen de Littérature en 2005.

REVUE DE PRESSE

Le « Prix européen du livre 2010 » pour Sofi Oksanen et Roberto Saviano
Touteleurope.fr (09/12/2010) par Rédaction

    Le journaliste de Libération Jean Quatremer l'a annoncé sur son blog, le jury auquel il participe a décerné pour la quatrième fois un «prix européen du livre». Après l'eurodéputée Sylvie Goulard et le Polonais Mariusz Szczygiel en 2009, ce sont une Finlandaise et un journaliste italien qui sont récompensés respectivement dans les catégories roman et essai. Après son best-seller devenu film Gomorra, le Roberto Saviano se voit à nouveau primé. Interviewé par 20 Minutes, il explique que «c’était [son] rêve d’être non seulement un écrivain qui parle à son peuple, mais au-delà. Mon public est européen. Le crime organisé doit être la préoccupation de toute l’Europe.» Salué par l'ensemble de la critique, le livre "Purge" de Sofia Oksanen a déjà reçu le prix du roman de la Fnac. Pourtant, il aborde le sujet très dur des viols subis par les femmes dans le cadre des conflits et leurs difficultés à vivre avec le souvenir de ces violences. Une plongée au cœur de l'histoire des pays baltes et de leurs blessures.
     Le prix européen du livre existe depuis quatre ans : « À l’heure où se façonnent les identités économiques et institutionnelles, il est du devoir de chacun de rassembler les différences et de souder le sentiment communautaire »,  est-il indiqué sur le site du prix. Cependant, il ne s'agit pas du seul prix européen concernant la littérature. Jeudi 18 novembre 2010, la commissaire européenne Andrea Vassiliou a remis à onze lauréats le prix de littérature 2010 de l'Union européenne. C'est en 2009 que la Commission européenne a décidé de lancer ce prix. Les lauréats se voient accorder une aide financière pour que leur œuvre soit traduite dans tous les pays de l'Union européenne. À ce prix s'ajoute, celui décerné le 6 novembre à Strasbourg par l'Association Capitale Européenne des Littératures (ACEL) qui est également un prix européen de littérature. Ce prix a récompensé l'auteur britannique Tony Harrison pour l'ensemble de son œuvre.
     Y a-t-il trop de prix pour des livres européens ? […] On pourrait être tenté de penser qu'une communication unique sur un livre européen serait une bonne chose pour que tous les médias européens parlent en même temps du même livre. Il est vrai que le prix européen de littérature porté par la Commission européenne ne récompense pas non plus un ou deux auteurs à mettre facilement en avant dans les médias, comme c'est le cas du prix européen du livre. Cependant, l'aide à la traduction par la Commission pour les onze lauréats est très importante pour diffuser auprès du grand public des œuvres qui resteraient sinon dans un cadre national.
     Il est donc plutôt intéressant d'avoir un foisonnement des prix, surtout si ceux-ci ne récompensent pas de la même manière les auteurs. Au niveau français, personne ne remet ainsi en cause réellement les prix Goncourt, Femina et autres qui rythment et relancent la saison littéraire ... et les ventes des auteurs primés.
     La dimension culturelle européenne doit de toutes les manières être encouragée pour permettre aux liens unissant aujourd'hui les peuples d'Europe de se resserrer. La construction d'une identité européenne, complémentaire de celles nationale, régionale et locale, passe aussi par les références culturelles.

Proclamation des Lauréats des 6es Rencontres Européennes de Littérature
Transversalles (15/12/2010) par Françoise Urban-Mennoinger

     L'Association Capitale Européenne des Littératures (ACEL) vient de donner une conférence de presse dans les salons du restaurant Chez Yvonne à Strasbourg où la liste des lauréats 2010 a été dévoilée. Ils se verront remettre leur prix lors des Rencontres Européennes de Littérature qui se dérouleront en mars 2011 en partenariat avec la Ville et l'Université de Strasbourg, la DRAC, l'OLCA et le Conseil Régional d'Alsace.
   Le Prix Européen de Littérature 2010 est attribué à l'écrivain britannique Tony Harrison, né à Leeds en 1937 pour l'ensemble de son œuvre de dramaturge, de cinéaste et de traducteur. Poète, l'auteur a publié de nombreux recueils traduits en de nombreuses langues et a écrit une traduction en vers du Misanthrope de Molière pour le Théâtre National de Londres. Pour défendre Salman Rushdie, il a réalisé un film/poème The Blasphemer's Banquet en 1989, 1998 marque sa consécration cinématographique avec le long métrage Prometheus. La Bourse de Traduction 2010 du Prix Européen de Littérature revient à Cécile Marshall pour ses traductions de l'œuvre de Tony Harrisson et pour l'ensemble de ses travaux sur la littérature anglaise contemporaine.
     C'est le Québec qui est mis à l'honneur cette année avec l'attribution du Prix de Littérature Francophone Jean Arp 2010 à l'écrivaine québécoise Denise Desautels née à Montréal en 1945. Elle est distinguée pour l'ensemble de ses écrits depuis la parution de son premier livre aux Editions du Noroît en 1975 jusqu'à l'anthologie parue en anglais à Toronto en 2007.
     Le Prix du Patrimoine Nathan Katz 2010 met en lumière deux œuvres méconnues ou oubliées, celles du Strasbourgeois Rulman Merswin (1307-1382), un riche banquier fondateur de la communauté de l'Île-Verte et de son mystérieux maître l'« Ami de Dieu et de l'Oberland » qui rencontra le pape Grégoire en 1377 afin de l'appeler à réformer la chrétienté. Six siècles après le décès de leurs auteurs, on pourra découvrir enfin leurs oeuvres conservées à la BNU ou aux Archives en traduction française. Jean Moncelon et Eliane Bouchery se verront décerner la Bourse de la Traduction 2010 du Prix du Patrimoine Nathan Katz pour leur traduction française du Livre des neuf rochers de Rulman Merswin et du Livre des cinq hommes de l'« Ami de Dieu et de l'Oberland ».
     Pour la toute première fois, lors des prochaines Rencontres Européennes de Littérature à Strasbourg, le prestigieux Prix Nelly Sachs leur sera associé. Il récompensera Laurence Breysse-Chanet pour sa traduction de Don de l'ébriété de Claudio Rodriguez reconnu comme son maître par le poète Antonio Gamoneda qui fut le premier lauréat du Prix Européen de Littérature.
     Le choix minutieux des lauréats témoigne à nouveau et à n'en pas douter de la vitalité et de la rigueur de l'ACEL qui étoffe son jury avec de nouveaux membres qui apporteront leur compétence dans le domaine de la littérature africaine ( François-Marie Deyrolle) , la littérature alsacienne (Charles Fichter), la traduction (Michel Volkovitch), la littérature française ( François-Xavier Cuche). Ces rencontres exceptionnelles offrent l'opportunité à tout un chacun « de découvrir des œuvres extraordinaires », déclara Daniel Payot en précisant que « la Ville de Strasbourg réitère son soutien à l'ACEL » car « le Livre est au cœur de ses politiques culturelles».
     Souad El Maysour clôtura la conférence de presse en soulignant la valorisation de la traduction « qui permet d'entrer dans la culture de l'autre ». Et c'est là tout l'enjeu de ces prix dont l'objectif n'a d'autre ambition que celle de « faire avancer l'Europe des cultures» et de favoriser « l'émergence d'une conscience européenne». D'ores et déjà il nous faut retenir les dates des vendredi 11 et samedi 12 mars 2011 auxquelles auront lieu les Sixièmes Rencontres Européennes de Littérature qui s'ouvriront sur la conférence inaugurale du poète Yves Bonnefoy. 

L'espérance réécrite
Les Affiches - Moniteur (01/01/2011) par Michel Loetscher

     Les 6es Rencontres européennes de Littérature organisées par l'Association Capitale Européenne des Littératures (l'ACEL, animée par Gérard Pfister) en association avec l'Université de Strasbourg (avec le soutien de la Ville et de la Communauté urbaine de Strasbourg) ont mis tout particulièrement à l'honneur l'œuvre du poète britannique Tony Harrison et de l'écrivaine québécoise Denise Desautels, consacrée respectivement par le Prix européen de Littérature et le Prix de Littérature francophone Jean Arp.
     Le pourfendeur d'illusions
Le Prix européen de Littérature (attribué dans le cadre des pays du Conseil de l'Europe et parrainé par la Ville de Strasbourg) a été décerné au « poète prolétarien », homme de théâtre et helléniste Toni Harrison, au cours d'une cérémonie à l'Hôtel de Ville présidée par le sénateur-maire Roland Ries, pour l'ensemble d'une œuvre « bien de son temps ». « Placée sous le signe du feu », comme le rappelle sa traductrice Cécile Marshall (Bourse de Traduction 2010), la poésie de Harrison (né dans un quartier ouvrier de Leeds, au nord de l'Angleterre en 1937) « traque la vérité du monde ». « Être poète aujourd'hui, c'est résister aux idéologies politiquement correctes », rappelle Daniel Payot dans son hommage au « pourfendeur d'illusions » qui « rejette la langue de bois ou de plomb » pour forer au plus profond jusqu'au jaillissement de sa vérité : « La littérature doit affronter la vérité. Ce faisant, l'art se met en danger. La langue n 'est pas un bien commun pacifié mais un champ d'affrontement : nous y projetons nos jours meilleurs et nos faiblesses. » Ainsi est l'impétueuse poésie de Tony Harrison, écrite pour une grande part dans le vers iambique de Shakespeare : « Elle reste fidèle à une vocation tragique : donner à voir et à entendre ce qui est merveille et horreur, ravissement et effroi. »
     Le poète (par ailleurs homme d'opéra et de cinéma) écrit à la plume Waterman sur des cahiers qui « peuvent paraître démodés à l'ère du numérique », comme il le rappelle dans son discours de réception : « Pour moi, la poésie reste enracinée dans la dimension physique de la main qui écrit, du corps dont le cœur bat et le sang coule et dont les pulsations contribuent à relier ce que j'écris à la terre, dont les rythmes me rappellent que je suis toujours en vie, bien que mon esprit veuille souvent se confronter aux événements les plus désespérants ».
     De cette confrontation avec le désespoir surgit un art poétique militant dont le foisonnement et l'urgence de dire mêlent allègrement les étiquettes des vins d'Alsace bus à la littérature et au cinéma. Toni Harisson avait deux oncles, l'un bègue et l'autre muet : la poésie rendrait-elle la parole à ceux pour qui elle n'est que douleur voire empêchement et leur ferait-elle justice ? « Papa avait un frère aîné terriblement bègue / Papa ponctuait ses fins de phrase par mais... / Plus rude que la soie, ils hissaient la grammaire / Toute nouée au fin fond de leurs tripes // C'est à leurs numéros que je dois succéder. / Je suis le clown qu'on envoie dégager la piste. / Ce sont leurs langues de feu que je dois avaler / Puis recracher nouées, un chapelet continu / Embrasant des silences longtemps contenus, depuis / Adam bredouillant les noms de la Création, / Et malgré mes cordes vocales brûlées et noircies / II y aura toujours un chant venu des flammes » (Tony Harrison, Cracheur de feu, Arfuyen).
     Les manèges dont on ne guérit pas
     Prix de Littérature francophone Jean Arp, Denise Desautels (membre de l'Académie des Lettres du Québec) fait depuis Miroirs en feuilles (éditions du Noroît, 1975) œuvre poétique autant qu'œuvre de discrétion et de rébellion à l'abîme : « D'habitude les yeux portent / Même lourds / Qui sommes-nous / De dos, sans miracle // Les arbres aujourd'hui n'existent quasiment plus // La pierre seule, masse vert vif / Les bras / Et le cuivre qui gît par terre / Bloc vivant de désir ou de désordre // Visages aveugles / Au ras du sol, crevés / Leur immensité pleurant, bruissant »
     Née à Montréal en 1945, elle est révélée, après quelques années d'enseignement, avec son troisième ouvrage, La promeneuse et l'oiseau (Noroît, 1980) et donne, parallèlement à sa poésie, des dramatiques radiophoniques diffusées sur les radios francophones – tout ce qui tient au temps et à l'angoisse d'écrire « contre l'épuisement de ses doutes »...
     Sa poésie d'une haute exigence dans sa marche à l'étoile dit « ce qu'on laisse de soi à la frontière / ce que l'aurore, sans rien trahir, recueille », ce que « le vertige éloigne / avec ce cri qu'on ne pousse pas » – et ce passage d'ombre qu'est toute vie... « Bleu janvier / Dur comme un cri / Tu en as plein la gorge / Des manèges dont on ne guérit pas. » Une écriture sans masque ni leurre « en chute libre » qui n'attend rien et qui dit avec la grâce tranchante d'un diamant contre la vitre l'attente infinie d'une vie jetée au monde, contre –  tout contre l'infini...

Entretien avec Yves Bonnefoy
Blog du Magazine POLY (02/03/2011) par Thomas Flagel

     Du 4 au 12 mars 2011, Strasbourg organise Traduire l'Europe, manifestation mettant à l'honneur la littérature européenne et la traduction dans toute la CUS (à travers, d'une part le Jardin des Langues, d'autre part  les 6es Rencontres Européennes de Littérature). Parmi les invités, Herta Müller (prix Nobel 2009 de littérature), le poète anglais Tony Harrison (Prix européen de littérature 2010) ou encore le poète français et traducteur Yves Bonnefoy qui nous a accordé une interview.

     Vous êtes l’invité d’honneur des 6e Rencontres européennes de littérature. Qu’attendez-vous d’une telle manifestation ?
     Des rencontres, avec des poètes d’autres pays de l’Europe. Je trouve beaucoup de sens, en effet, et j’attends beaucoup, de la diversité des cultures européennes, une pluralité qui a été et demeure la réfraction à travers des langues parfois  fort différentes de ces grands rayons que furent à l’aube du continent la pensée grecque, le droit romain, et même cette idée chrétienne de la personne si difficile à préserver de sa démesure, aux dangereux préjugés.  Les réfractions furent très variées, il en résulta des incompréhensions réciproques qui attisèrent bien des conflits, notre histoire a été un long enchaînement de désastres, mais quand on voit la rapidité et l’ampleur avec lesquelles se répandirent à travers l’Europe l’architecture romane, la peinture gothique et renaissante, l’art baroque, la poésie romantique puis symboliste et encore les avant-gardes qui précédèrent le funeste premier conflit mondial, on ne peut pas ne pas croire qu’il y a sous-jacent à nos détestables conflits de quoi donner vie avec profondeur à une recherche commune en passe aujourd’hui, qui sait même, d’enfin fleurir, au moins dans quelques œuvres qu’il importe donc de connaître.

     Vous écriviez dans Notre besoin de Rimbaud qu’il a été pour vous « la révélation de ce qu’est la vie, de ce qu’elle attend de nous, de ce qu’il faut désirer en faire ». De quand date cette révélation et en quoi Rimbaud vous remue-t-il encore, aujourd’hui ?
     Nous parlions de l’Europe, à l’instant. Et Rimbaud a écrit, dans Une saison en enfer : « Quittons ce continent où la folie rôde ! » Était-il, lui, un ennemi de l’Europe ? Bien sûr que non, il ne fut que déçu par un siècle où elle avait été particulièrement déconcertante, à feu et à sang sous Napoléon, puis révolutionnaire partout ou presque en 1848 mais sans lendemain à l’aune de cette grande espérance.  Et ce que nous devons à Rimbaud, sa réaffirmation impatiente de l’espérance dans le malheur, c’est dans le droit-fil d’une revendication qui est aussi spécifiquement européenne que la poésie de Leopardi ou celle de Baudelaire ou la musique de Beethoven, de Mahler.

     Rimbaud voulait « changer la vie ». Est-ce le dessein commun à tout poète ?
     Oui. En tout cas ce devrait l’être. Il faut mériter cette appellation si on y prétend.

     En quoi le poète diverge-t-il de l’écrivain, de l’essayiste ou du traducteur ?
     Précisément en ceci qu’il fait de ce dessein son grand  souci, aux dépens de l’observation des comportements sociaux, par exemple : cette vocation des romanciers. Mais n’opposons  pas le poète au traducteur. Le traducteur de la poésie a vocation à être poète.

     Quel regard portez-vous sur le poète Tony Harrison, invité à vos côtés ? Existe-t-il une filiation avec « l’homme aux semelles de vent » ?
     Tony Harrison a une pensée politique et je lui donne raison. Cela peut vous étonner puisque rien de politique n’apparaît dans ce que j’écris, mais qu’est-ce qui motive l’écriture poétique en ce qu’elle a de plus subjectif sinon le besoin, je le disais, de « changer la vie », un renouveau qui ne peut que s’accompagner d’une rénovation radicale du lien social ? Les images dans les poèmes, cela peut sembler du gratuit, de l’insouciant, mais c’est aussi et d’abord ce qui décomposent les idéologies dans lesquelles les groupes humains s’empiègent.

Yves Bonnefoy, invité d'honneur des 6es Rencontres Européennes de Littérature
DNA Dernières Nouvelles d'Alsace (05/03/2011) par Antoine Wicker

     Yves Bonnefoy prononce la conférence inaugurale des sixièmes Rencontres européennes de littérature à Strasbourg.
      Il y avait eu Jean Bollack, puis Alberto Manguel. Yves Bonnefoy aujourd'hui prend son tour, parmi les invités d'honneur des Rencontres européennes de littérature – elles accompagnent l'annuelle remise des prix littéraires et de poésie décernés par l'Association capitale européenne des littératures qu'animent à Strasbourg quelques réseaux d'ici et d'ailleurs, à cet effet sollicités par Gérard Pfister.
      L'Université strasbourgeoise en ces réseaux occupe position particulièrement motivée - c'est l'un de ses amis, et des plus clairement engagés, qui y est cette année convié. Art littéraire et quête savante, poésie donc et université, ont destin lié, plaide en effet Yves Bonnefoy, quand même et grave péril désormais les inquiète : « La science a commencé d'étendre et préciser ses prises sur le donné empirique, le commerce a colonisé sur des plans toujours plus nombreux les perceptions et les faims de l'être parlant ».

Strasbourg.eu : l'Europe à la croisée des chemins
Mediapart (09/03/2011) par Gérard Pfister

     Les créateurs littéraires sont confrontés aujourd'hui à une massification de la culture sans précédent dans l'histoire. Elle s'exprime à travers la marchandisation du livre et ses corollaires: la normalisation des produits et l'exigence d'un succès immédiat. Elle s'exprime également à travers une pression croissante des cultures dominantes de l'économie mondialisée, au préjudice des langues minoritaires, menacées de marginalisation et d'éviction du marché éditorial.
     Face à ces évolutions, la lutte est inégale entre les formidables intérêts économiques et politiques qui sont en jeu et les initiatives de résistance de tous ceux pour qui la culture n'est pas simplement un produit de consommation mais la dynamique même qui permet à une société de vivre ensemble et de penser demain. C'est pourquoi trop souvent le problème n'est posé que de façon superficielle et biaisée : il n'est pas une ville de France qui n'ait sa fête du livre et son festival de littérature, comme il n'est pas non plus de centre commercial qui n'offre sa version de la Saint Valentin ou de la fête des Mères. Les lectures publiques se multiplient à mesure que les lecteurs se raréfient. Les prix littéraires pullulent à mesure que baisse le niveau de leur exigence.
     L'étrange idée alors de créer de nouveaux Prix, de susciter dans une autre ville des Rencontres de littérature ! Sans doute, mais lorsque cette ville est Strasbourg ? Les Alsaciens disent : « à l'intérieur » pour parler de la Vieille France. Voir les choses du point de vue de Strasbourg, à la fois ville de province et capitale européenne, ville francophone et de culture germanique, ville conservatrice et de tradition protestante, n'est-ce pas la chance de voir peut-être les problèmes à neuf, de « l'extérieur » et, à l'aune des coutumes germanopratines, pratiquement du point de vue de Sirius ?
     Prenons le cas de la francophonie. Noble cause : et pourtant qui ne voit combien, trop souvent, elle reste figée dans une attitude défensive, comme si elle se réduisait à un héritage postcolonial un peu honteux ou à une donnée socio-économique fâcheusement handicapante ? Il ne peut s'agir d'essayer de ranimer sur les confettis de l'empire un néo-patriotisme linguistique en lutte contre l'anglo-américain, mais de mettre en valeur ce qui dans la francophonie peut être une chance et une ambition. Car elle peut être encore le choix d'une civilisation fondée sur un véritable dialogue des langues et des cultures, d'une universalité qui ne soit pas uniforme et unidimensionnelle, d'une parole qui ne soit pas qu'un outil de communication et d'asservissement.
     La cause que défend depuis sa création le Prix de Littérature Francophone Jean Arp est donc celui d'une nouvelle francophonie : celui d'un plurilinguisme  militant où le français aura toute sa place à côté d'autres langues internationales, celui d'une langue vraiment « vivante », c'est-à-dire librement choisie et émancipatrice. Le Prix de Littérature Francophone Jean Arp se donne pour vocation d'appeler l'attention sur l'œuvre d'écrivains qui ont fait le choix de mener leur travail à l'écart de la pression commerciale et médiatique et de faire apparaître dans la langue française de nouvelles possibilités de création et d'expression. Il distingue, pour l'ensemble de son œuvre, un écrivain francophone de premier plan, dont le travail est particulièrement remarquable par l'originalité et la qualité de son écriture, quel qu'en soit le genre, comme par la vigueur et l'amplitude de sa vision.
     Prenons le cas de l'Europe. Le jacobinisme parisien sait depuis toujours ce qui est bon pour l'Europe, et la culture n'en fait pas partie. Pour surmonter les conflits du passé et faire face à l'émergence de nouvelles superpuissances, il est certain que l'Europe doit construire son unité. Ce travail est depuis longtemps en marche au niveau des institutions politiques et des relations économiques. Mais, si le bel édifice bruxellois montre chaque jour un peu plus sa fragilité, c'est que les peuples d'Europe, aujourd'hui encore, se connaissent mal, connaissent mal la culture de l'autre, et davantage encore lorsqu'il s'agit de peuples qui ont été séparés durant tant d'années par le « rideau de fer ».
     Faire avancer l'Europe des peuples, c'est indissociablement faire avancer l'Europe des cultures. Définitivement, le  pays de Cervantès, le pays de Goethe, le pays de Shakespeare, le pays de Dante, le pays de Mickiewicz, le pays de Pouchkine,ne se connaîtraient-ils que par les visages de leur histoire d'autrefois ? Qui connaît leurs visages d'aujourd'hui ? Donner un visage à chaque pays d'Europe : c'est là l'idée du Prix Européen de Littérature, à la fois toute simple et incroyablement ambitieuse. Car comment mieux contribuer à une meilleure connaissance mutuelle des peuples européens que d'aider à faire découvrir les grandes figures contemporaines de leur culture, ces « Victor Hugo » qui en sont aujourd'hui les vivants symboles ?    
     Les lauréats du Prix Européen de Littérature appartiennent à l'un des 47 pays membres du Conseil de l'Europe et le souci du Jury est de mettre en valeur des œuvres qui en soient à chaque fois particulièrement représentatives. Il s'agit de distinguer l'ensemble d'une œuvre et que cette œuvre soit porteuse des valeurs fondatrices de l'Europe actuelle : valeurs de démocratie, de paix et de tolérance. Que Victor Hugo, grand écrivain, ait également joué un rôle important pour l'abolition de la peine de mort, l'unité européenne et la défense des libertés est un exemple qui sert de référence constante au Jurydans ses réflexions. De même, le Jury ne se détermine pas selon le nombre ni la qualité des traductions déjà existantes dans les différentes langues, mais entend faire au contraire autant que possible abstraction des réputations plus ou moins justifiées qui ont pu s'établir pour ou contre telle œuvre en fonction des intérêts commerciaux ou des travaux académiques qui se sont attachés à la faire connaître.
     Un troisième exemple : celui des langues et des cultures régionales. L'alsacien reste aujourd'hui après l'occitan la deuxième langue régionale la plus parlée en France. Quant au patrimoine littéraire de l'Alsace, il est immense et, en presque totalité, de langue dialectale ou germanique, avec d'infinies variantes, de l'alémanique du Sundgau - que Guillevic parlait couramment - au judéo-alsacien. Un patrimoine incroyablement riche et varié du moyen âge à nos jours, et pourtant presque complètement abandonné. Les cigognes en peluche foisonnent dans les devantures, les marchés de Noël s'étendent jusque sur les parkings des hypermarchés, les dessins de Hansi inondent la planète : mais en leur quasi-totalité les chefs d'œuvre de la littérature d'Alsace restent non traduits, non réédités, nontraduits, non enseignés... Comme si les traumatismes de l'Histoire avaient à ce point marqué cette terre qu'elle en reste indéfiniment tributaire et incapable cependant d'y faire face autrement que par des images outrageusement simplifiées et réductrices. Comme si le folklore avait pour fonction paradoxale d'éviter d'avoir à analyser le passé dans sa complexité et ses meurtrissures.
     Car la littérature alsacienne, on ne le sait pas assez, n'a vraiment commencé de s'exprimer en français qu'après 1945. L'Alsace est française depuis 1648, mais au XVIII° siècle, les plus grands écrivains alsaciens, Pfeffel et Oberlin, écrivent encore en allemand. Au XIX° siècle, le dramaturge Arnold ou la nouvelliste Marie Hart écrivent en alsacien. Au XX° siècle, Schickele et Stadler écrivent en allemand, Stoskopf et les frères Matthis en alsacien tandis que Nathan Katz écrit à la fois en alsacien et en allemand, et Jean Arp à la fois en allemand et en français. Même après 1945, les deux Prix Nobel alsaciens Alfred Kastler ou Albert Schweitzer écrivent en allemand, et nombre d'écrivains majeurs comme Conrad Winter ou André Weckmann écrivent enalsacien, même si de grands écrivains commencent alors d'écrire presque exclusivement en français, comme Jean-Paul de Dadelsen, Alfred Kern ou ClaudeVigée (même si quelques-uns des plus beaux textes de Vigée sont précisément écrits en alsacien...)
     Le Prix du Patrimoine Nathan Katz part de cette constatation de simple évidence : le seul moyen pour l'Alsace de se projeter vraiment vers l'avenir est de sortir de l'amnésie culturelle qui l'enferme dans les problèmes identitaires diagnostiqués déjà par Frédéric Hoffet dans sa fameuse Psychanalyse de l'Alsace (1951). Pour mettre à jour et comprendre un patrimoine aussi incroyablement divers dans les formes, les thèmes, les contextes sociaux, il y a urgence à faire appel aux traducteurs de plus en plus rares qui possèdent à la fois les compétences linguistiques et le talent littéraire permettant une traduction vivante et juste d'œuvres de haute qualité et souvent vierges encore de tout approche érudite. La Bourse de Traduction du Prix du Patrimoine Nathan Katz  récompense donc le travail d'un traducteur grâce à qui une œuvre de premier plan, reléguée dans l'oubli par l'uniformisation de la langue et la massification de la culture, peut redevenir accessible aux lecteurs.      
     Alors, pourquoi ces Prix, ces Bourses de Traduction, pourquoi les Rencontres Européennes de Littérature ? Parce que l'Alsace n'a pas d'autre choix. Elle ne peut être francophone que dans le dialogue des langues, langues locales et langues européennes fécondant le français, l'ouvrant aux dimensions politiques, économiques et culturelles nouvelles du continent et du monde en cedébut de XXI° siècle. Pas d'autre choix, mais un choix exaltant.
     En moins d'un siècle, l'Alsace a connu trois guerres : annexée au Reich allemand au terme de la guerre de 1870, rattachée à la France après la victoire alliée en 1918, annexée de fait sinon de droit au Troisième Reich par l'occupant nazi en 1940 et enfin à nouveau rendue à la France par la chute du nazisme en 1945. Comment s'étonner que les cicatrices soient encore vives et qu'il soit douloureux d'y poser le doigt ? Il ne faut pas hésiter cependant. Ce qui a été la souffrance de l'Alsace durant des siècles peut à présent devenir sa force : être le lieu du dialogue des langues et des cultures, le lieu d'une découverte mutuelle et d'une réflexion commune pour tous les peuples européens ou francophones. Aider les peuples européens à se reconnaître mutuellement à travers les figures emblématiques de leur littérature ; aider les peuples francophones à se reconnaître dans une langue française qui ne soit plus vécue comme contrainte mais comme choix de valeurs et d'ouverture sur lemonde ; mettre au service de cette double prise de conscience l'expérience de l'Alsace, déchirée au travers des siècles entre les langues et les cultures, mais riche d'un prodigieux gisement culturel : c'est une immense ambition – et une nécessité.
     Voilà pourquoi il fallait qu'existent ces Prix, ces Bourses de Traduction et les Rencontres Européennes de Littérature. Voilà pourquoi ils ne pouvaient voir le jour et se développer qu'à Strasbourg. Face aux dangers d'une mondialisation et d'une marchandisation de la culture, Europe, francophonie et cultures régionales ont partie liée. Et c'est bien ici, à Strasbourg, qu'on peut le mieux l'éprouver et le manifester.
     L'Association Capitale Européenne des Littératures (ACEL) a été créée à Strasbourg en 2005 à l'initiative d'un collectif d'écrivains, d'éditeurs, de responsables culturels, de traducteurs et d'universitaires. Par principe strictement  indépendante de toutes les structures officielles avec lesquelles elle collabore, c'est elle qui assure la tutelle et l'animation du Comité d'organisation des Rencontres et des Jurys des trois Prix. Le principe constant qui l'anime dans toutes ses initiatives est de dépasser les clivages habituels entre les différents acteurs et milieux culturels et d'offrir la possibilité d'une dynamique collective au service d'un objectif commun : le dialogue des langues et des cultures. Elle développe des partenariats avec l'ensemble des acteurs publics et privés, européens, francophones ou régionaux, intéressés par son approche et ses initiatives. Elle établit des collaborations ponctuelles ou permanentes avec l'ensemble des organismes désireux de travailler dans la même direction. Le Prix de traduction Nelly Sachs, dont l'objectif est de mettre à l'honneur le travail des traducteurs littéraires œuvrant pour la découverte des grands textes issus des langues du monde entier, bénéficie du statut de Prix associé au Prix Européen de Littérature et à la Bourse de Traduction du Prix Européen de Littérature. Il en va de même réciproquement, dans la pleine indépendance des deux structures. Rappelons que le Prix de traduction Nelly Sachs a été créé en 1988 à l'initiative de Maurice Nadeau et grâce au soutien de Julia Tardy-Marcus, compatriote et amie de la grande poétesse allemande Nelly Sachs, prix Nobel de littérature 1966.

Distinctions : Tony Harrison, lauréat 2010 du Prix européen de littérature
L'Alsace (13/03/2011) par Rédaction

     Tony Harrison, poète et écrivain britannique, né à Leeds en 1937, a reçu, hier à Strasbourg, le Prix européen de littérature 2010 qui lui a été remis à l’Hôtel de Ville par Roland Ries, sénateur-maire de Strasbourg. Il a abordé dans son œuvre et avec une intense créativité les genres les plus différents : le théâtre et la poésie, mais aussi l’opéra, le cinéma, le journalisme, ainsi que la traduction (tout spécialement du grec ancien et du français). Sa traductrice, Cécile Marshall, a reçu le Prix de traduction décerné par un jury présidé par le poète alsacien Claude Vigée.
     Le Prix de littérature francophone Jean Arp 2010, parrainé par l’Université de Strasbourg et par le ministère de la culture-Drac Alsace, a également été remis, hier, à l’écrivaine québécoise Denise Desautels, reconnue aujourd’hui comme l’une des voix les plus importantes de l’Amérique francophone.
     Enfin, le Prix du patrimoine Nathan Katz 2010, parrainé par la Région Alsace et par l’Office pour la langue et la culture d’Alsace (OLCA), est venu rendre hommage à la première traduction française de l’écrivain strasbourgeois Rulman Merswin (1307-1382), initiateur du mouvement européen des « Amis de Dieu », précurseur de la Réforme, une découverte remarquable due au travail exemplaire de Jean Moncelon et Éliane Bouchery.
     Cette cérémonie avait pour cadre les 6es Rencontres Européennes de Littérature qui se sont tenues vendredi et samedi à Strasbourg.

6es RENCONTRES EUROPÉENNES DE LITTÉRATURE À STRASBOURG : Un art intime et politique
DNA Dernières Nouvelles d'Alsace (16/03/2011) par Antoine Wicker

     C'est devant une salle comble qu'YVES BONNEFOY avait prononcé au Palais universitaire la conférence inaugurale des Rencontres européennes de littérature à Strasbourg. On y évoqua plus tard dans l'après-midi, autour de Rémy Vallejo et François Petry, la figure de Rulman Merswin, que chacun ou presque à cette occasion découvre : ce riche banquier strasbourgeois, au XIV° siècle, se retira des affaires, scandalisé par tous les désordres de son temps, pour fonder, à l'ermitage de l'Île verte – aujourd'hui l'ENA – la communauté laïque des Amis de Dieu, qui essaima ailleurs en Europe. Deux ouvrages – le Livre des neuf rochers, de Rulman Merswin, et le Livre des cinq hommes, de l'Ami de Dieu de l'Oberland, traduits par Jean Moncelon et Éliane Bouchery – sont distingués par le Prix du patrimoine Nathan Katz 2010, parrainé par le Conseil régional d'Alsace et son Office pour la langue et la culture d'Alsace : « œuvre considérable, patrimoine remarquable, d'authentique rayonnement et ouverture, et qu'il faut sans cesse revisiter », nota Justin Vogel, président de l'Office, qui ne manqua pas de rendre hommage appuyé à tous ceux qui portent autour de Gérard Pfister le projet culturel et éditorial de l'Association Capitale Européenne des Littératures. Et suggéra dans un sourire mais en réalité sérieusement que les énarques d'aujourd'hui puisent tirer leçon, aussi, de ce que fut en leur temps le témoignage des ermites de l'Île verte. Qu'une plaque apposée en leur École en convoque la mémoire.
     Hommage avait alors été rendu déjà à Denise Desautels, lauréate québécoise, à ce même palmarès, du Prix de littérature francophone Jean Arp, dont l'action poétique fut ici située dans le mouvement des arts et idées, et de la francophonie particulièrement, dans le nord américain, par son éditeur et ami, et poète lui-même, Paul Bélanger : ses Éditions du Noroît, signala ici Pascal Maillard, ont quarante ans d'âge, ont joué un rôle remarquable dans la « révolution tranquille » mais déterminée, culturelle et sociale, et féministe, qu'incarne parmi d'autres Denise Desautels – Arfuyen et le Noroît publient L'angle noir de la joie. Art intime et cependant politique, et passant d'un art à l'autre, quand tout autour de nous dévalue et désespère langues et cultures : que l'intitulé de son prix fasse référence à Jean Arp, dit-elle, lui va droit au cœur.
     Ces Rencontres enfin ont consacré leur association désormais avec le Prix de la traduction Nelly Sachs – qui en 2010 distingua la traduction par Laurence Breysse-Chanet, de Don de l'ébriété de Claudio Rodríguez – et les Assises de la traduction littéraire en Arles. Yves Bonnefoy avait donc ouvert ces journées : appuyée de façon particulière sur une fine analyse de la Lettre de Lord Chandos de Hugo von Hofmannsthal, une magistrale leçon sur l'enjeu littéraire et politique, et intime, de l'art poétique.

Les 6es Rencontres Européennes de Littérature à Strasbourg
Transversalles (01/04/2011) par Françoise Urban-Menninger

     Une nouvelle fête européenne des littératures vient d'octroyer ses lettres de noblesse à la poésie en honorant quelques-unes des plus grandes voix contemporaines. L'ACEL (Association Capitale Européenne des Littératures) en relation avec d'autres partenaires culturels : la Ville de Strasbourg, la DRAC Alsace, l'Office de la Langue et de la Culture d'Alsace et le Conseil Régional d'Alsace, a remis à cette occasion ses différents prix littéraires et bourses de traduction.
     C'est Yves Bonnefoy, l'un des écrivains français les plus importants d'aujourd'hui qui a ouvert ces journées par une conférence inaugurale où Les lettres d'Hofmannsthal ont été le prétexte à aborder la question de la poésie. Celle-ci ne doit pas se cantonner à « une expérience privée » mais doit s'ouvrir à la parole pour que d'autres s'approprient « la présence des choses » et appréhendent « cet infini sans concept ». Ainsi une herse au soleil nous parlera de cet au-delà derrière les mots tout en nous offrant des aspects fugitifs d'un moment vécu où nous avons eu l'intuition essentielle de « la mémoire du je originel sous le moi construit ».
     Le Prix Européen de Littérature 2011 a été attribué à l'écrivain britannique Tony Harrison, né à Leeds en 1937, pour l'ensemble de son œuvre de poète, de dramaturge, de cinéaste et de traducteur. Issu d'un milieu populaire, l'auteur a fait de brillantes études de lettres classiques à l'Université de Leeds. Auteur engagé, Tony Harrison critique dans ses textes la société britannique et son monarchisme, il réalise également des poèmes-reportages à Sarajevo où il est envoyé par le Guardian. Les éditions Arfuyen viennent de publier Cracheur de feu dont la belle traduction de Cécile Marshall, qui a obtenu la Bourse de Traduction 2011 du Prix Européen de Littérature, nous restitue toute la saveur épicée.
     C'est à la mort de ses parents que Tony Harrison renoue avec la langue populaire de son enfance. Pour sa traductrice, l'œuvre de Tony Harrison est « une célébration de la vie » car même dans les moments les plus sombres, le poète possède l'art de nous faire sourire, c'est ce que l'on appelle « la politesse du désespoir »: « Et quand, m'a-t-on dit, l'ambulance est arrivée. Mes dents ! Furent les derniers mots de ma mère. Etre sans dentier, même sur un brancard, c'était plus humiliant que la mort même. » Dans sa lettre de discours de réception prononcé au Palais du Rhin, Tony Harrison a confié au public qu'il écrit depuis des années en dégustant de bons vins dont il colle les étiquettes à côté de ses poèmes consignés dans des centaines de carnets désormais accessibles à la Bibliothèque universitaire de Leeds. Le lecteur curieux trouvera ainsi de nombreuses étiquettes de vins d'Alsace : le Gewurtztraminer 1974, le muscat, l'Eau-de-Vie de baies de houx... Un bien bel hommage au terroir alsacien !
     C'est l'écrivaine québécoise Denise Desautels qui s'est vu remettre le Prix de Littérature Francophone Jean Arp 2011 pour l'ensemble de son œuvre. L'angle noir de la joie paru pour l'occasion aux éditions Arfuyen en partenariat avec Le Noroît témoigne de sa « quête d'éclaircie ». Denise Desautels écrit comme « on fait des fouilles », elle est à l'écoute de « ce qui se passe à l'intérieur » et ramène sur la page blanche des fragments de clarté : « On se risque pourtant à l'invraisemblable / entre l'angle et l'arc des côtes, au fond / de la cage / on dépose pureté ».
     Le Prix du Patrimoine Nathan Katz 2011 distingue deux œuvres spirituelles majeures du XIVe siècle européen : celles du Strasbourgeois Rulman Merswin et de son mystérieux l'Ami de Dieu et de l'Oberland afin de les faire découvrir six siècles plus tard dans leur traduction française. Jean Moncelon et Eliane Bouchery sont les premiers traducteurs du Livre des neufs rochers de Rulman Merswin et du Livre des cinq hommes de l'Ami de Dieu de l'Oberland et ils viennent de se voir octroyer pour leur précieux travail la Bourse de Traduction du Prix du Patrimoine Nathan Katz. t
     Si Strasbourg se veut capitale européenne des littératures, elle se doit de mettre en lumière les textes qui ont forgé son patrimoine littéraire culturel et dont bon nombre de textes souvent inaccessibles restent encore à traduire. Dans le cadre de ces journées, le prestigieux Prix de Traduction Nelly Sachs a été remis à Laurence Breysse-Chanet pour sa fine traduction de Don de l'ébriété de Claudio Rodriguez reconnu comme son maître par le poète Antonio Gamoneda qui fut le premier lauréat du Prix Européen de Littérature.
     Lors des différentes lectures poétiques qui éclairèrent ces deux journées, il ne fît aucun doute que l'on s'éloigna pour un temps du « péril qui pèse sur les esprits » et dont nous avait parlé Yves Bonnefoy dans sa conférence inaugurale. Ce péril, ce risque dans cette société où l'intuition essentielle à la conscience de soi est en perdition pour faire de nous « une chose dans un monde choses » doit maintenir notre esprit et notre sens critique en éveil. Voilà pourquoi de telles rencontres littéraires nous deviennent plus que jamais nécessaires dans un monde en pleine mutation où l'Europe cherche sa voix.
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