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LUXEMBOURG francophone
HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE LUXEMBOURGEOISE DE LANGUE FRANÇAISE
LA LANGUE LA PLUS PARLÉE DU GRAND-DUCHÉ
Aujourd’hui, du fait de la présence sur le territoire luxembourgeois de nombreux résidents, d’immigrants (Portugais, Italiens, Français, Belges) et de frontaliers francophones, la langue française est omniprésente sur le territoire national et constitue la langue la plus parlée au Grand-Duché (Cf. Joseph Reisdoerfer, « Lëtzerbuerg – Luxemburg – Luxembourg. Les fonctions du français au Grand-Duché de Luxembourg ». D’Lëtzebuerger Land, 20.10.2006).
Le français fait aussi partie intégrante du système éducatif primaire et secondaire au Grand-Duché, les autres langues d’enseignement étant le luxembourgeois, l’allemand et – plus tard dans la carrière scolaire – l’anglais.
Le plus souvent, le français est la langue utilisée pour traiter des questionnements plus abstraits (esthétique, philosophie, psychologie), alors que le luxembourgeois et l’allemand restent plus proches du vécu quotidien et de la vie affective( Cf. Frank Wilhelm, op. cit.).
Or, il faut insister que la plupart de ces auteurs luxembourgeois ont une approche littéraire multilingue, c’est-à-dire qu’ils écrivent et publient des œuvres en plusieurs langues différentes. Afin d’illustrer cette réalité linguistique, on peut notamment citer Anise Koltz (français, allemand, luxembourgeois) ou Guy Rewenig (luxembourgeois, allemand, français).
LE XIX° SIÈCLE
Pour revenir aux débuts, c’est au XIX° siècle que la littérature luxembourgeoise de langue française connaît son véritable envol.
La carrière littéraire de Félix Thyes (1830-1855), jeune auteur considéré comme le premier représentant de l’écriture française au Luxembourg, en est une étape séminale. Le contexte révolutionnaire de l’an 1848 joue un rôle important dans la gestation de l’œuvre de Félix Thyes, et ses textes nous donnent une vision subjective et idéaliste de certaines facettes de cette phase de l’histoire.
Les œuvres marquantes de Félix Thyes sont son Essai sur la Poésie luxembourgeoise, travail académique dans lequel Thyes soutien la thèse que le luxembourgeois est une langue à part entière servant de base à une véritable littérature nationale, et le roman d’orientation essentiellement romantique Marc Bruno : profil d’artiste, deux œuvres qui furent publiés en 1854, respectivement à titre posthume en 1855.
LE DÉBUT DU XX° SIÈCLE
Le XX°siècle verra un nombre important de romanciers francophiles et francographes de qualité. Dans l’impossibilité de pouvoir être exhaustif, on citera parmi ceux-ci : Willy Gilson (1891-1974), auteur à inspiration romantique et idéaliste, Joseph Leydenbach (1903-1997), banquier de profession, qui nous livre dans ses romans des études poignantes de la bourgeoisie luxembourgeoise, ou encore Albert Borschette (1920-1976), qui nous permet des vues sidérantes sur la guerre et la misère, et qui nous permet par ses textes d’apprécier les profonds sentiments de patriotisme et de solidarité parmi la population luxembourgeoise et dans les rangs de la résistance luxembourgeoise pendant la Seconde Guerre.
L’année 1934 constitue une date charnière pour la littérature luxembourgeoise d’expression française. Cette année verra la fondation de la S.E.L.F. (Société des écrivains luxembourgeois de langue française). Cette société réunira de nombreux écrivains de langue française de cette période. L’objectif de la S.E.L.F. consista à promouvoir la langue et la littérature française au Luxembourg, et de fédérer tout-ceux qui éprouvaient des sentiments forts pour la France, sa culture et ses lettres. La publication littéraire Les Pages de la S.E.L.F. deviendra dés lors un instrument de diffusion des lettres francophiles de premier choix au Grand-Duché.
Dans le même ordre d’idées, l’écrivain Marcel Noppeney (1877-1966), le président de la S.E.L.F., peut être considéré comme l’un des champions les plus fervents pour la francographie et la culture française au Grand-Duché (Cf. Rosemarie Kieffer, op. cit., p. 40). Poète, homme de lettres, chroniqueur, romancier, Marcel Noppeney rassembla dans sa personne des talents multiples, et travailla toute sa carrière pour la mise en valeur de la langue et de la culture française sur le territoire luxembourgeois. Parmi ses œuvres les plus marquantes de Marcel Noppeney, il faudra compter Le Prince Avril. Poèmes 1894-1900, De Myrrhe, d’Encens et d’or, et Le Complexe d’Ésope.
FEMMES ÉCRIVAINS
L’écriture de langue française au Luxembourg compte parmi elle un certain nombre de femmes écrivains de grand talent. Deux femmes écrivains se démarquent particulièrement par leur œuvre littéraire et par l’engagement qu’elles ont montré pour la francophonie. Il s’agit d’Anne Beffort et de la poétesse Anise Koltz.
Anne Beffort (1880-1966) se distingua notamment par le fait qu’elle fut la première luxembourgeoise à soutenir une thèse de doctorat (Sorbonne, 1908), travail académique portant sur Alexandre Soumet (Cf. Frank Wilhelm, Dictionnaire de la francophonie luxembourgeoise, Vienne, 1999, p. 31). À côté de la publication d’œuvres littéraires marquantes – notamment Souvenirs – elle montra un engagement exemplaire pour faire apprécier à sa juste valeur l’œuvre de Victor Hugo au Luxembourg. Chose faite le 12 juin 1935, date de l’ouverture de la Maison de Victor Hugo à Vianden (petite ville situé dans le nord-est du Grand-Duché).
En première loge des femmes écrivains luxembourgeois se trouve Anise Koltz (née en 1928), auteur qui peut être considérée comme la grande dame des lettres francophones du Grand-Duché. Il faut particulièrement souligner la qualité exceptionnelle de son œuvre lyrique et sa grande notoriété au sein de la communauté littéraire internationale. Écrivant d’abord en langue allemande, son expérience personnelle lors de l’occupation nazie du Luxembourg l’amène à utiliser majoritairement la langue française, dans laquelle elle excelle. Elle est – entre autres – membre de l’Académie Mallarmé, du Pen-Club de Belgique, et elle a reçue de nombreux prix littéraires nationaux et internationaux : notamment du Gouvernement luxembourgeois (1962), Antonio Viccario (Wallonie-Bruxelles (1994), Prix Batty Weber (Prix national de littérature, Luxembourg, 1996) et Apollinaire (France, 1998) (Ibid., p. 176). Les collections de poèmes Chants de Refus, Le Mur du son et La terre se tait nous permettent de partager des voyages lyriques vers un monde d’intériorité, lors desquels Anise Koltz s’engage notamment avec des sujets directeurs comme le mystère de la vie et notre « extériorité au monde » (Roger Brucher).
ÉCRIVAINS-POÈTES
À côté d’Anise Koltz, il ne faut pas omettre de citer les écrivains-poètes Paul Palgen (1883-1966), Edmond Dune, et plus récemment Josée Ensch.
Josée Ensch (1942-2008) se distingua notamment par l’extraordinaire sensibilité et la grande qualité de son œuvre lyrique, comportant – entre autres – les textes lyriques Ailleurs … c’est certain et Le Profil et les ombres.
Edmond Dune (pseudonyme d’Edmond Hermann, 1914-1988), poète et écrivain dramatiste, ancien légionnaire combattant pendant la Seconde Guerre et lauréat du Prix Batty Weber en 1987, nous a légué une œuvre lyrique et dramatique prolifique, riche et profonde. « Écologiste de l’esprit » (Frank Wilhelm), Edmond Dune fut un grand amateur des grands philosophes Lichtenberg, Kierkegaard, Schopenhauer ou Wittgenstein. Parmi ses œuvres clés, il faudra citer Poèmes en Prose et la collection d’aphorismes Remarques – À l’enseigne de Momus. À l’instar de son œuvre lyrique, Edmond Dune s’est aussi taillé une belle notoriété nationale – et même internationale – par son œuvre dramatique. Ainsi, la pièce Les Taupes (1955) a été créée cette même année par la troupe de Marcel Lupovici au Théâtre du Vieux-Colombier à Paris (Ibid., p. 79). À côté de cette pièce, les pièces de théâtre Les Tigres (1966) et Le Puits de Fuentès (1973) comptent parmi les meilleurs textes dramatiques de langue française écrits au Luxembourg.
THÉÂTRE, ROMAN ET PROSES
Parmi les représentants les plus importants de la scène théâtrale luxembourgeoise de langue française doivent aussi être comptés les auteurs Joseph Leydenbach (1903-1997) – avec ses pièces Nadia et No Man’s Land – et Georges Érasme (pseudonyme du Dr Georges Érasme Muller, né en 1925) avec ses pièces dramatiques Mélusine et La Trêve.
Depuis le début des années 1980 le roman de langue française est de plus en plus présent au Luxembourg. Cette période connaît aussi un réel essor du roman en langue luxembourgeoise, dont Roger Manderscheid (né en 1933) et Guy Rewenig (né en 1947) sont les représentants. Les deux auteurs francographes qui excellent dans cette forme littéraire sont Jean Sorrente et Jean Portante.
Avec l’œuvre de Jean Sorrente (pseudonyme littéraire de Jean-Claude Asselborn, né en 1954) la création romanesque en langue française quitte les chemins battus, s’affranchie des anciens modèles, adopte un langage complexe et devient plus autonome(Ibid., p. 320). Les textes représentatifs de Jean Sorrente sont Nuits et Le vol de l’aube, pour lequel l’auteur a reçu les Prix Tony Bourg au Luxembourg (en 1993), respectivement le Prix de la Libre Académie de Belgique (en 1998).
Le second auteur représentatif de la nouvelle génération d’auteurs francographes ayant accéléré la renaissance du roman au Luxembourg – et particulièrement du roman de langue française – est Jean Portante (né en 1950). Éditeur, journaliste, écrivain, Jean Portante débuta son œuvre littéraire tôt dans les années 1980 (Cf. Germaine Goetzinger et al., Luxemburger Autorenlexikon, Mersch, 2007, p. 482). Son œuvre clé est Mrs Haroy, ou La mémoire de la baleine, roman de migration, d’initiation et d’artiste, pour lequel Jean Portante reçut en 1994 le Prix Servais (Luxembourg). Ce texte est une contribution importante sur la migration, l’identité et du langage, sujets de plus en plus pertinents dans notre monde globalisé. A côté de sa production romanesque, Jean Portante a publié de nombreux textes dramatiques, lyriques et essayistes en langue française. En 2003, l’auteur reçut le Prix Mallarmé 2003 pour L’Étrange langue. De 1995 à 2003, il a été, ensemble avec Anise Koltz, coorganisateur des Journées littéraires de Mondorf-les-Bains (Luxembourg).
Sans avoir l’ambition d’être exhaustif, un survol de la littérature luxembourgeoise de langue française serait lacunaire sans mentionner l’œuvre de Lambert Schlechter (né en 1941). Initiateur du journal lyrique dans la littérature luxembourgeoise, Lambert Schlechter écrit très majoritairement en langue française – après ses débuts en allemand. L’auteur fut lauréat du Concours littéraire national (Luxembourg) pour ses textes en prose De bello Gallico (1981) et Angle mort. Le livret de la cambuse, et du Prix Servais 2007 (Luxembourg) pour Le murmure du monde et autres fragments.
CONCLUSION
Comme on vient de le voir, la scène littéraire francographe et francophile du Luxembourg est devenue, depuis la moitié du XIX° siècle, de plus en plus riche et variée. Un grand nombre d’auteurs se sont engagés pour que la langue et la littérature de langue française soit plus présente et mieux appréciée par un public grandissant de lecteurs luxembourgeois.
Il faut voir l’essor de la littérature francographe dans le contexte d’un phénomène de flux et de reflux des différentes langues usuelles du Luxembourg. Pourtant, la tradition littéraire qui s’est établie depuis déjà plus de 150 ans au Luxembourg nous permet d’espérer à un bel avenir pour la littérature de langue française et ses auteurs.
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