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Bourse de Traduction du Prix du Patrimoine Nathan Katz
2006
Gaston JUNG
Texte © ACEL
BIBLIOGRAPHIE
Texte © ACEL
DISCOURS
DISCOURS DE RÉCEPTION
DE LA BOURSE DE TRADUCTION DU PRIX DU PATRIMOINE NATHAN KATZ
PRONONCÉ PAR GASTON JUNG LE 3 MARS 2006 A STRASBOURG
Pourquoi je traduis des poèmes des frères Matthis
(Rêve les yeux grands ouverts)
traduit du strasbourgeois par l'Auteur
1
Disons que je rêve et que ce rêve trop beau
séparé du réel par une grille rouillée
est fait d’un grand tapis de divers végétaux
devenus minéraux, leur éclat conservé :
petits galets blancs-jaunes, en forme de mirabelles
pommes rouges pommes pâles, citrons et citronnelles
melons verts ronds et fermes comme boulets à canon
et plus de dix-mille fruits-pavés dans le gazon…
2
Cette image de la vie où règnent dans la splendeur
les saveurs d’un parterre bariolé de couleurs
a toutes les apparences d’une cour d’église rurale et
réformée dans une rue citadine dite « du Bouclier »
à Strasbourg, et cette cour de rêve pavée des plus
vifs coloris, confrontée à l’église aux murs nus
et modestes, gris et muets, sauf quand appellent
le dimanche les cloches – cette image est éternelle…
3
À ces fruits ainsi rutilants, vrais ou faux :
pommes poires coings pêches prunes abricots
mirabelles cerises et rhubarbe et groseilles
fraises et framboises plus : dix ou douze recueils
de poèmes, rectangles où on lit un (pré)nom
de poètes écrivant l’alsacien ou bilingues ou bien
triphones hier : Nathan, Albert et Adolphe main-
tenant : Claude, André, Adrien, Conrad, Sylvie, Gaston…
4
Et chacun a posé sur l’herbe une fleur ou un morceau
de plante qui lui ressemble : Nathan une colchique
d’automne – – celle qu’Albert nomme du magnifique
mot « fülefüte », Adolphe préfère de loin un coquelicot,
Claude aime une ortie noire même sans fleur, André
est amoureux d’un pommier en fleur, Adrien s’émeut
à la vue du lierre, Conrad se chauffe au soleil-
tournesol, Sylvie adore les bouquets d’étoiles
et Gaston aime du chardon la fleur bleue…
5
La rue du Bouclier à Strasbourg relie la Grand-rue
à la place Saint-Thomas et la « Petite France » connue
pour ses ruelles, ses berges et ses ponts qui sont
à toute heure autant d’invitations et si l’envie
vous vient d’aller de place Kléber jusqu’aux Ponts-
Couverts et par le quartier Finkwiller, le circuit
tournant pour aboutir à Gutenberg alors vos pas sont
dans les pas des frères Matthis, il y a plus de cent ans…
6
Et tout comme moi vous rencontrerez un de nos vieux
frères-poètes ou même un plus jeune (Jean-Paul ou Joseph)
dans ces quartiers le long de l’Ill ou autour de la nef
de l’imposante cathédrale – ô merveille parmi les lieux
témoins de l’art et de la foi, qui durent malgré les incendies
les tempêtes les guerres et les épidémies, depuis
qu’en l’an huit-cent-vingt six Ernold dit le Noir a décrit
une première église (en bois) sise à cet endroit précis…
7
Et quand tard le soir au « Coin des Pucelles » ou au « Saint-
Sépulcre » vous buvez comme les frères Matthis le vin
de l’Amitié à la santé de l’Alsace et de la bonne vie,
dehors sous les étoiles la flèche de la cathédrale a mis
son doigt de pierre dans le sens du désir d’avenir :
vers le haut et conçu pour durer. L’art de mêler sourire
et mélancolie, espoir et modestie, réalité rude et poésie
se situe, pour nos poètes-jumeaux, comme leur ville : ici,
entre un fleuve qui relie et qu’un vignoble ennoblit, une liberté bénie.
Texte © ACEL
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