INDEX
Auteurs Lauréats
Traducteurs Lauréats
Pays Lauréats
Partenaires

LE PRIX EUROPÉEN DE LITTÉRATURE
Objectifs
Partenaires
Organisation
Lauréats

LA BOURSE DE TRADUCTION DU PRIX EUROPÉEN DE LITTÉRATURE
Objectifs
Partenaires
Organisation
Lauréats

LE PRIX DE LITTÉRATURE FRANCOPHONE JEAN ARP
Objectifs
Partenaires
Organisation
Lauréats

LE PRIX DU PATRIMOINE NATHAN KATZ
Objectifs
Partenaires
Organisation
Lauréats

LA BOURSE DE TRADUCTION DU PRIX DU PATRIMOINE NATHAN KATZ
Objectifs
Partenaires
Organisation
Lauréats

LES RENCONTRES EUROPÉENNES DE LITTÉRATURE
Objectifs
Partenaires
Organisation
Programmes

12 et 13 mars : les 5° RENCONTRES EUROPÉENNES DE LITTÉRATURE À STRASBOURG

     Les 5° Rencontres Européennes de Littérature auront lieu à Strasbourg les vendredi 12 et samedi 13 mars 2010. L'invité d'honneur est cette année Alberto MANGUEL qui en donnera la conférence inaugurale sous le titre « Autour de Babel » (le vendredi 12 mars à 14 h 30 au Palais Universitaire, place de l'Université). Invitée d'honneur elle aussi, l'actrice Dinah FAUST donnera un récital des textes d'une autre grande dame, Kiki Dimoula, lauréate 2010 du Prix Européen de Littérature (samedi 13 mars, 15 h, au Palais du Rhin).
     70 ans après sa mort, hommage sera rendu à René SCHICKELE (1883-1940), « citoyen français und deutscher Dichter », romancier, essayiste, poète et dramaturge, et à ses traductrices, Irène Kuhn et Maryse Staiber, avec François Pétry. Charles Fichter proposera une nouvelle approche historique de l'itinéraire du grand écrivain, ami de Thomas Mann et animateur du mouvement pacifiste avec Romain Rolland et Stefan Zweig. Aline  Martin et Bernard et Dorothea Magnin donneront à entendre les textes de René Schickele en allemand  et en français (vendredi à 16 h 30, même lieu).
     Le lendemain matin, les Rencontres Européennes de Littérature recevront le poète Pierre DHAINAUT, présenté par Judith Chavanne, avec Pascal Maillard (samedi 13 mars à 10 h 30, Librairie Internationale Kléber, 1 rue des Francs Bourgeois).
     La remise solennelle des Grands Prix de Littérature de Strasbourg aura lieu dans les salons d'honneur de l'Hôtel de Ville : pour le Prix Européen de Littérature, par Roland Ries, Sénateur-Maire de Strasbourg, pour le Prix de Littérature Francophone Jean Arp, par Alain Beretz, Président de l'Université de Strasbourg, et Denis Louche, Directeur de la DRAC Alsace, et pour le Prix du Patrimoine Nathan Katz, par André Reichardt, Président du Conseil Régional (samedi 13 mars à 13 h, Hôtel de Ville, place Broglie).
     Les Rencontres rendront hommage l'après-midi à la grande poétesse grecque contemporaine Kiki DIMOULA qui sera présentée par son traducteur Michel Volkovitch, avec Vladimir Fisera. Dinah Faust donnera des textes de Kiki Dimoula à deux voix avec l'auteur, en français et en grec (samedi 13 mars à 15 h, Palais du Rhin, place de la République).
     Ces 5° Rencontres Européennes de Littérature sont organisées par l'Association Capitale Européenne des Littératures (ACEL) en partenariat avec l'Université de Strasbourg, la Ville et la Communauté Urbaine de Strasbourg, la DRAC Alsace, le Conseil Régional d'Alsace, l'Office pour la Langue et la Culture d'Alsace et la Librairie Internationale Kléber, avec le soutien du Ministère des Affaires Étrangères et  Européennes et en collaboration avec l'Ambassade de Grèce en France, la Représentation Permanente de la Grèce auprès du Conseil de l'Europe, les Dernières Nouvelles d’Alsace, les Éditions Arfuyen, les Éditions bf, les Éditions Les Cahiers Bleus, la Médiathèque de Strasbourg, le Réseau universitaire Les Lettres Européennes, le Restaurant Chez Yvonne, la Revue Alsacienne de Littérature, la Revue Europe, l’Association Jean Hans Arp, l’Atelier de Lecture Culture et Bilinguisme et le Théâtre National de Strasbourg. 

ALBERTO MANGUEL, invité d'honneur des 5° Rencontres Européennes de Littérature, 12-13 mars 2010

     Le grand écrivain canadien d'origine argentine ALBERTO MANGUEL est l'invité d'honneur des 5° Rencontres Européennes de Littérature à Strasbpourg, Né en 1948 à Buenos Aires, Alberto Manguel a été élevé en Israël (où son père était ambassadeur) par une gouvernante tchèque qui s'exprimait en anglais et en allemand. De retour en Argentine, il apprend l'espagnol et, tout jeune encore, a le privilège de faire la lecture à Jorge Luis Borges devenu aveugle. Proche de Cortazar et de Bioy Casares, il se fait traducteur, éditeur et romancier. Il passe une vingtaine d’années au Canada, à Toronto, et devient citoyen canadien en 1985. Après l'Italie, l'Angleterre, Tahiti, et le Canada, Alberto Manguel s'est installé en France en 2001, dans un vieux presbytère près de Châtellerault. 
     Alberto Manguel vit par les livres et pour les livres. Sa langue, c'est l'écriture. Sa patrie, c'est sa bibliothèque : « Je possède plus de trente mille livres, déclarait-il récemment. Il est donc difficile de s'y retrouver sans une certaine logique. Une logique qui ne conviendrait sans doute pas à d'autres lecteurs. Je range mes livres par langues: il y a donc une section française, anglaise, allemande, italienne, russe, espagnole... Et dans ces sections, par ordre alphabétique d'auteur, sans distinction de genre. Mais j'ai aussi quelques sections thématiques, sur le Moyen Age, le corps, la légende de Faust, la littérature policière... […] Une bibliothèque est le reflet de votre façon de penser; c'est un autoportrait. Je pourrais vous raconter ma vie à travers ma bibliothèque, et il m'arrive souvent de penser que j'aimerais aller chez quelqu'un que je ne connais pas et deviner sa vie juste en regardant et lisant les livres qu'il a sur ses étagères. »
     Qui mieux que ce parfait cosmopolite, passionné de littérature, peut nous aider à prendre la distance nécessaire pour considérer ce qu'est dans le monde d'aujourd'hui et celui qui se prépare la littérature européenne : ses forces, ses limites et ce que pourrait être son avenir : « Pour moi qui suis né en Argentine, ajoutait-il, Proust ou Stevenson ne sont pas des étrangers. Ils font partie de ma famille. Ce sont mes racines et mes amis. La lecture est le meilleur moyen d'accéder à un Ailleurs où nous pouvons être heureux. En effet, nous passons notre temps à croire que le quotidien, la politique, l'économie, la religion sont des réalités qui nous définissent. Mais c'est un leurre ! La seule véritable réalité, celle dont on peut toucher les racines, est celle que nous découvrons dans les livres. En lisant, nous abordons sur les rives d'un Ailleurs, c'est-à-dire d'un pays que nous ne connaissons pas encore. Et pourtant, en découvrant ce pays, nous savons que nous ne faisons que revenir, en fait, à un endroit que nous connaissons mais où nous ne nous sommes jamais rendus. Cette redécouverte de ce que nous n'avons pas connu est le cœur du plaisir de la lecture. »
     Alberto Manguel a publié a publié de nombreuses anthologies, des romans, des traductions et surtout de merveilleux essais.  Parmi ses nombreux livres traduits en français, on se bornera à en citer quelques-uns, tous publiés aux Éditions Actes Sud : Dictionnaire des lieux imaginaires (The dictionary of imaginary places, 1980) ; Dernières nouvelles d'une terre abandonnée (News from a foreign country came, 1991), roman ; Une histoire de la lecture (History of reading, 1996), essai ; Dans la forêt du miroir. Essai sur les mots et sur le monde (Into the looking-glass wood, 1998) ; Petites histoires de la littérature américaine (A Gossipy History of American Literature, 1999) ; La Bibliothèque de Robinson. Autoportrait d’un bouquineur (A visit to the dream bookseller. The library of Robinson Crusoé, 2000) ; Chez Borges (With Borges, 2003) ; Journal d’un lecteur (A Reading Diary, 2004) ; La Bibliothèque, la nuit (The Library at night, 2006) ; Tous les hommes sont menteurs (Todos los hombres son mentirosos, 2008).

KIKI DIMOULA, Prix Européen de Littérature 2010

     Le PRIX EUROPÉEN DE LITTÉRATURE 2010 est attribué à l’écrivain grec Kiki DIMOULA pour l’ensemble de son œuvre de poète et de prosateur, l’une des plus fortes et des plus représentatives de la Grèce d’aujourd’hui.
     Kiki Dimoula est née à Athènes en 1931. En 1949, à la fin de ses études secondaires, elle entre à la Banque de Grèce où elle travaillera pendant vingt-cinq ans. Elle publie en 1952 son premier recueil de poèmes.  En 1954 elle épouse Àthos Dimoulas, poète lui aussi, dont elle aura deux enfants.
Bien plus tard, pressée de rédiger sa notice biographique, elle écrira : « Mes études supérieures : les années passées auprès du poète Àthos Dimoulas. Sans lui je me serais contentée, j’en suis sûre, d’une paresse rêveuse et ignorante, vers laquelle je penche encore, sagement peut-être. Je lui dois d’y avoir échappé ne serait-ce qu’en partie, je lui dois mon initiation, incomplète sans doute, à la poésie. » 
     En 1971, elle publie son cinquième recueil, Le peu du monde, qui lui vaut sa première reconnaissance officielle, le Second prix d’État, et une large renommée. Son mari meurt en 1986.
     Elle reçoit le Premier prix d’État en 1989 pour Je te salue Jamais, puis le Prix Ouranis en 1994 pour L’adolescence de l’oubli. L’ensemble de son œuvre est couronné par l’Académie grecque, dont elle devient membre en 2002. Elle-même commente ainsi cette période : « Je me suis consacrée avec abnégation à mon rôle de mère, et c’est avec une tendre vaillance que je me suis entendue appeler ‘‘grand-mère’’. À présent je coule tranquillement et sans idées de perpétuation dans ces nouvelles dérivations de mon sang. Je coule, et plus j’approche de l’estuaire, plus je rêve que la poésie va me lancer la bouée d’un poème. »
     L'œuvre de Kiki Dimoula a été traduite en anglais, italien, espagnol, allemand, bulgare, polonais et suédois. À l’occasion de la remise du Prix Européen de Littérature à Kiki Dimoula le 13 mars 2010, paraîtront deux ouvrages, traduits par Michel Volkovitch, chez Poésie Gallimard et aux Éditions Arfuyen, partenaires du Prix.

MICHEL VOLKOVITCH, Bourse de Traduction 2010 du Prix Européen de Littérature

     La BOURSE DE TRADUCTION 2010 DU PRIX EUROPÉEN DE LITTÉRATURE est attribuée à Michel VOLKOVITCH pour ses traductions de l’œuvre de Kiki Dimoula et pour l’ensemble de ses travaux sur la littérature grecque moderne. 
     
Né en 1947, Michel Volkovitch a traduit une vingtaine de prosateurs grecs modernes (Còstas Taktsis, Dimìtris Hadzis, Yòrgos Ioànnou, Màrios Hàkkas, Georges Cheimonas, Zyrànna Zatèli, Ioànna Karystiàni…) et une cinquantaine de poètes (réunis pour la plupart dans l’Anthologie de la poésie grecque contemporaine dans la collection Poésie/Gallimard et dans ses Cahiers grecs, coédition Desmos/Cahiers grecs). Il a également traduit des chants populaires grecs, des chansons rebètika et une demi-douzaine d’auteurs dramatiques (Dimìtris Dimitriàdis, Loùla Anagnostàki, Xènia Kaloyeropoùlou…).      
     En tant qu' auteur, il a publié quatre livres aux Éditions Maurice Nadeau (Le bout du monde à Neuilly-Plaisance, Transports solitaires, Verbier, herbier verbal, Coups de langue) et trois autres aux éditions publie.net (Elle, ma Grèce, Babel et blabla, Éduquons !). Traducteur et auteur dirigent conjointement une collection grecque sur publie.net.

PIERRE DHAINAUT, Prix de Littérature Francophone Jean Arp 2010

     Le PRIX DE LITTÉRATURE FRANCOPHONE JEAN ARP 2010 est attribué au poète et essayiste Pierre DHAINAUT (France) pour l’ensemble de son œuvre, depuis son premier livre Le poème commencé, paru il y a quarante ans au Mercure de France (1969), jusqu’à Dans la main du poème, recueil d’essais paru aux Écrits du Nord en 2007.
     Pierre Dhainaut est né le 13 octobre 1935 à Lille. S’il aime le Nord, c’est moins celui des banlieues ouvrières où il passa son enfance et son adolescence que celui de la plaine des Flandres et surtout celui de la mer : dès 1957, après sa rencontre avec Jacqueline, il vit à Dunkerque, où s’est déroulée toute sa carrière de professeur. Mais d’autres lieux lui sont nécessaires, pour lesquels il écrira également, en particulier la Chartreuse et l’Aubrac. 
     Après avoir subi l’influence du surréalisme, il publie au Mercure de France en 1969 son premier livre, Le poème commencé. La ferveur qui l’animait sera remise en cause avec violence entre 1970 et 1977 dans Jour contre jour, Le regard, la nuit blanche, Efface, éveille, Au plus bas mot. La crise dénouée, il aspire à une expression qui interroge autant qu’elle célèbre et révèle un pays d’accueil dans la durée commune. L’âge du temps et davantage Le retour et le chant ouvrent cette période nouvelle, de Pages d’écoute à Fragments d’espace ou de matin. De ces moments témoignent une anthologie, Dans la lumière inachevée (Mercure de France), ainsi qu’un volume d’entretiens avec Patricia Castex Menier, À travers les commencements. Viennent ensuite, de Fragments et louanges à Pluriel d’alliance, une série de recueils dédiés aux petits-enfants. Les prolongent Levées d’empreintes et Sur le vif prodigue. 
     À quelques-uns des poètes qu’il a rencontrés et qui l’ont marqué, il a rendu hommage par des livres ou numéros spéciaux de revues : Octavio Paz, Bernard Noël, Jean-Claude Renard et surtout Jean Malrieu dont il a préparé aussi plusieurs éditions posthumes. Dans la main du poème reproduit un choix de ses articles. Un colloque, sous la direction d’Aude Préta de Beaufort et de Jean-Yves Masson, a été consacré à Pierre Dhainaut à la Sorbonne en avril 2007. Une monographie retraçant les étapes de son œuvre a été publiée par Sabine Dewulf aux Éditions des Vanneaux en 2008.
     La remise du Prix de Littérature Francophone Jean Arp 2010 aura lieu le samedi 13 mars 2010, dans les salons de l'Hôtel de Ville de Strasbourg. À cette occasion, un recueil inédit de Pierre Dhainaut sera publié aux Éditions Arfuyen, partenaires du Prix.

RENÉ SCHICKELE, Prix du Patrimoine Nathan Katz 2010

     Le PRIX DU PATRIMOINE NATHAN KATZ 2010 distingue l’œuvre de René SCHICKELE afin d’en donner enfin, 70 après sa mort, une approche nouvelle, débarrassée des lectures partisanes qui l’ont longtemps déformée.
     René Schickele est né en 1883 à Obernai, dans l’Alsace annexée par le Reich allemand. Son père est originaire de Mutzig, sa mère du Territoire de Belfort. Par la force de l’histoire, l’allemand, langue de l’école, deviendra la langue de cet écrivain pourtant viscéralement opposé à l’Allemagne militariste de Guillaume II, et plus encore au totalitarisme nazi. Dès 1901, il fonde à Strasbourg la revue d'avant-garde Der Stürmer qui défend l’idée d’une « alsacianité de l’esprit » fondée sur une perspective européenne et sur la vocation médiatrice de l’Alsace entre France et Allemagne. En 1909, journaliste à Paris, il est fortement impressionné par le socialisme pacifiste de Jaurès qui restera sa référence essentielle. De retour à Strasbourg en 1911, il est rédacteur en chef du journal libéral de Gustave Stoskopf, la Straßburger Neue Zeitung. Quand éclate la Première Guerre mondiale, il se réfugie en Suisse et transforme la revue expressionniste Die weißen Blätter en un organe de l’internationale pacifiste.
     En novembre 1918, il est à Berlin où il œuvre à la réalisation de son idéal socialiste et pacifiste. Mais l’échec de la Révolution allemande brise en lui le ressort de l’engagement politique. En 1922, il s’installe à Badenweiler, sur la rive allemande du Rhin, se définissant lui-même comme « citoyen français und deutscher Dichter ». C’est durant cette période qu’il écrit sa grande trilogie romanesque, Das Erbe am Rhein (1926-1931). 
     Il est élu à l’Académie de Berlin, en compagnie de Thomas Mann et d’autres grandes figures de la littérature germanophone. Pris à partie par la presse nazie en tant que pacifiste, il part dès l’automne 1932 pour la Provence, ouvrant la voie à tous les artistes de langue allemande qui se réfugieront eux aussi dans le Midi de la France. Le régime nazi brûle ses livres et l’interdit d’édition. Dès lors il publie chez les éditeurs de l’exil, notamment à Amsterdam. Son dernier texte, significativement intitulé Le Retour, marque son retour à la langue de sa mère. Il meurt à Vence, le 31 janvier 1940.
     À l’occasion de la remise du Prix du Patrimoine Nathan Katz le 13 mars 2010, paraîtront deux ouvrages de René Schickele : Le Retour, texte écrit en français, aux Éditions bf, et Paysages du ciel (Himmlische Landschaft), traduit pour la première fois de l’allemand par Irène Kuhn et Maryse Staiber, aux Éditions Arfuyen, partenaires du Prix.

IRÈNE KUHN et MARYSE STAIBER, Bourse de Traduction 2010 du Prix du Patrimoine Nathan Katz

     La BOURSE DE TRADUCTION 2010 DU PRIX DU PATRIMOINE NATHAN KATZ est attribuée à Irène KUHN et Maryse STAIBER pour la première traduction en français de Himmlische Landschaft, de René SCHICKELE, et pour l’ensemble de leur travail d’étude et de mise en valeur du patrimoine littéraire de l’Alsace. 
     Née à Strasbourg en 1947, Irène Kuhn a fait des études de germanistique à Strasbourg, Hanovre, Berlin, Leipzig et Paris. Titulaire de l’Agrégation d’allemand et d’un doctorat portant sur les traductions de Baudelaire et leur réception dans l’espace germanophone, elle a enseigné au Fremdspracheninstitut de Munich avant de retrouver la ville de son enfance. Nommée maître de conférences à l’Université de Strasbourg, elle s’est beaucoup engagée pour la formation des traducteurs littéraires (DESS, Master professionnel). Irène Kuhn est l’auteur de publications universitaires, pour la plupart consacrées à la traduction littéraire (Antoine Bermans „produktive” Übersetzungskritik. Entwurf und Erprobung einer Methode, Tübingen, 2007) et d’une série d’ouvrages bilingues („Zweisprachige Reihe” aux Éditions dtv à Munich). Elle est l’auteur de très nombreuses traductions (une bonne centaine de titres publiés) de l’allemand vers le français (histoire de l’art, sciences humaines, théâtre…) et du français vers l’allemand (notamment Baudelaire, Gide, Piaget, Julien Green, Eugène Ionesco).
     Maryse Staiber est née en 1953 à Stuttgart. Elle a fait des études de littérature, langues et civilisations romanes, anglaises et américaines à l’Université de Tübingen et à l’Université de Paris III et Paris IV-Sorbonne, puis des études allemandes à l’Université de Strasbourg. Titulaire de l’Agrégation d’allemand, d’un doctorat et d’une habilitation sur l’œuvre de René Schickele, Maryse Staiber est actuellement professeur à l’Université de Strasbourg.
Maryse Staiber est l’auteur de nombreuses publications sur la poésie du xxe siècle, notamment sur Yves Bonnefoy et Claude Vigée. Elle a donné deux importants ouvrages sur René Schickele : L’« exil » de René Schickele, 1932-1940 (Strasbourg, 1988) et L’Œuvre poétique de René Schickele (Presses Universitaires de Strasbourg, 1998). On lui doit également deux recueils de poèmes : Wir wollen Traumrad fahren (Strasbourg, 1996) et Migration (bf éditeur, Strasbourg, 2001). Depuis 2008, elle dirige la Revue Alsacienne de Littérature.
     À l’occasion de la remise de la Bourse de Traduction du Prix du Patrimoine Nathan Katz le 13 mars 2010, paraîtra Paysages du ciel (Himmlische Landschaft, 1933), de René Schickele, traduit pour la première fois en français par Irène Kuhn et Maryse Staiber, aux Éditions Arfuyen, partenaires du Prix.

Chez Yvonne les littératures européennes et francophones ont à Strasbourg leur maison

     C'est l'histoire d'une heureuse rencontre. Jean-Louis de VALMIGÈRE a passé son enfance rue des Pucelles dans le vieux Strasbourg. Fin connaisseur de la culture et de l'art de vivre alsaciens, il a commencé sa vie professionnelle comme professeur de lettres. Pour lui,  l'art de manger et de boire, l'art d'habiter ou l'art d'écrire témoigent tous à leur manière d'une même démarche de culture. On ne peut les célébrer vraiment bien qu'ensemble. Aujourd'hui propriétaire du restaurant Chez Yvonne, il a fait de cette adresse déjà bien connue non seulement l'une des meilleures tables strasbourgeoises, mais un des rendez-vous favoris des écrivains et des artistes.
     Pour sa part, l'Association Capitale Européenne des Littératures (ACEL) s'est donné pour vocation depuis sa création en 2005 de mettre en valeur la place de Strasbourg, aujourd'hui et hier, comme haut lieu de création et de rencontre des langues et des cultures d'Europe. Grâce à Jean-Louis de Valmigère, les trois prix littéraires qu'elle a créés à cette fin  – Prix Européen de Littérature, Prix de Littérature Francophone Jean Arp et Prix du Patrimoine Nathan Katz – ont à présent une maison. 
     C'est là que les trois Jurys tiendront chaque année leurs délibérations en réunion plénière, suivies de la proclamation des Lauréats lors d'une conférence de presse organisée dans les très agréables salons du restaurant. 
     Fondé à la fin du XIX° siècle, en 1873, sous le nom de « S’Burjerstuewel », le restaurant Chez Yvonne est installé dans le cadre chaleureux d'une vieille demeure, à l'angle de la rue du Sanglier et de la rue du Chaudron, dans le centre historique de la capitale alsacienne. Lieu de brassage des habitués strasbourgeois et des personnalités de passage, on peut y retrouver les habitants du quartier de la Cathédrale comme les artisans de la politique européenne, les fins palais de la gastronomie alsacienne comme les écrivains et artistes qu'a attirés de tout temps la cité de Gutenberg et de Sébastien Brant, de Jean Arp et de Tomi Ungerer. Partager un moment de convivialité Chez Yvonne, c’est retrouver l'ambiance et les saveurs de l'art de vivre de l'Alsace, forgé au contact des influences venues de tous les horizons de l'Europe, de la Mitteleuropa à l'Italie et aux Pays-Bas.

EN SOUVENIR D'UNE GRANDE EUROPÉENNE, LOUISE WEISS

    Le 17 juillet 1979 a lieu à Strasbourg la première réunion du Parlement Européen. C’est l’Alsacienne Louise Weiss, en qualité de doyenne, qui préside l’assemblée. C’était il y juste a trente ans : cette Europe qui pendant tant de siècles s’était déchirée et n’était parvenue à la démocratie qu’à travers tant de sacrifices, voici qu’elle avait enfin un Parlement élu au suffrage universel direct…
     
A-t-on suffisamment fêté cet anniversaire ? À peine, comme si on en avait oublié la signification. Trop occupé sans doute par les péripéties du Traité de Lisbonne et les postes prochainement à pourvoir… Un livre, signé de Michel Loetscher et intitulé Louise Weiss, une Alsacienne au cœur de l’Europe (éd. Place Stanislas), vient fort heureusement de paraître pour saluer la grande figure qui marqua cet événement de son autorité d’Européenne convaincue et de femme de haute culture. « Jadis, écrit Michel Loetscher, le concert de l'Europe avait sa voix féminine. L'orchestre ne manquait pas de chœur et comptait une soliste hors du commun. C'était en un temps où l'Europe ne se connaissait que des pères fondateurs et où les femmes n'avaient pas le droit de vote. Mais qui se souvient encore de celle qui jouait sa petite note européenne obstinée au fil d'un XX° siècle tendu vers son inhumanité ? » Il suffit de lire cet ouvrage, pour comprendre qu’il ne peut y avoir d’Europe que fondée sur la primauté de la culture et le combat pour la démocratie.
     On n’a pas prêté assez d'attention à ce que disait cette grande dame à la tribune du Parlement européen voici 30 ans : « Ah, mes merveilleux Européens!  Sauvegardons ensemble notre bien le plus précieux – à savoir notre culture et notre fraternité en cette culture. Je vous demande votre accord, your agreement, Ihre Zustimmung, il vostro consenso, uw akkoord, deres tilsiutning, comhaontù. Que cette journée historique ne s'achève pas sans qu'une flamme nouvelle ait brillé au ciel de notre civilisation en travail de rajeunissement et que cette flamme, ce soit vous qui l'ayez allumée ici à Strasbourg, la métropole symbolique de la réconciliation continentale. » Rendant hommage aux promoteurs de la Société des Nations, ne désignait-elle pas le péril : les « multiples commissions, comités, sous-comités, colloques et séminaires – ces hauts lieux de l'impuissance internationale » qui se chargèrent de dépecer leur projet de fédération européenne… Et, se moquant gentiment des parlementaires pour mieux les mettre en garde contre leurs vieux démons : « Mes Européens chéris, avouez que vos campagnes électorales ont souvent paru plus lourdes d'arrière-pensées partisanes que de préoccupations européennes. Lorsque vous vous risquiez à un raisonnement, vous vous perdiez vous-mêmes, à quelques exceptions près, dans le labyrinthe des institutions communautaires. Vos ouailles sortaient de vos réunions des termes techniques dansant dans leurs têtes, tels : dépassement, bavure, serpent – voire GATT ou SALT, mouches qui ne les empêcheraient pas, eux, mais vous, de dormir. Vous les traduisiez, ces termes, en camions, en poulets, en emplois, en allocations, en sécurité intérieure… »
     L’Europe a besoin de visionnaires plus encore que de techniciens. L'Europe a besoin de poètes. Et, en marge de son discours elle avait plaisir à rappeler le dialogue entre Victor Hugo et les députés français : Victor Hugo : « Le peuple français a taillé dans le granit et posé, au milieu même du continent, la première racine de l'avenir qui s'appellera un jour les États-Unis d'Europe. » Monsieur de Montalembert : « Les États-Unis d'Europe ! C'est trop fort ! Hugo est fou ! » Monsieur Mollet : « Les États-Unis d'Europe ! Quelle extravagance ! » Monsieur de Quentin-Bauchart : « Quel poète ! »
     Qui était Louise Weiss? Son père, Paul Louis Weiss, ingénieur des mines, était un protestant dont les parents originaires de La Petite-Pierre s'étaient installés à Phalsbourg. La famille de sa mère était une riche famille alsacienne d'origine juive, installée à Seppois-le-Bas et très engagée dans la vie publique. Agrégée de lettres à 21 ans et diplômée d'Oxford, Louise Weiss  se tourne vers le journalisme. Dès 1914, elle s'engage comme infirmière dans un hôpital militaire.
     Après la guerre, sa grande idée sera de rapprocher la France et l'Allemagne. Proche d’Aristide Briand, elle fonde dès janvier 1918 la revue L'Europe nouvelle qu’elle quitte en 1934 lorsque l'arrivée d'Hitler au pouvoir la convainc de l'échec de son projet. Ardente militante de la cause féministe, elle se présente aux élections législatives de 1936 et fonde l'association La Femme nouvelle qui revendique notamment le droit de vote pour les femmes. Devant la menace de l'invasion allemande, elle part pour les États-Unis. De retour en 1941, elle entre dans un réseau de résistance.
     En 1945, elle fonde avec Gaston Bouthoul l'Institut de polémologie (qu'elle fera rentrer à l'université de Strasbourg dans les années 1960) puis, en 1971, l'Institut des sciences de la paix. Elle couvre le procès de Nuremberg comme journaliste et réalise de nombreux documentaires à travers le monde. Elle est l’auteur de plusieurs romans, d’ouvrages politiques, de récits de voyage, mais surtout de textes autobiographiques : Souvenirs d'une enfance républicaine (1937), Ce que femme veut (1946) et surtout les Mémoires d'une Européenne (1968-1976).
     Louise Weiss est morte en 1983, à l'âge de 90 ans. Un musée lui est consacré au Château des Rohan à Saverne et une Fondation portant son nom prime chaque année les auteurs ou les institutions ayant le plus contribué à l'avancement des sciences de la paix, à l'amélioration des relations humaines et aux efforts en faveur de l'Europe.

Message de parrainage de la Ville et la Communauté Urbaine de Strasbourg

      La Ville et la Communauté Urbaine  de Strasbourg, partenaires du Prix Européen de Littérature depuis sa création, ont adressé à l'Association Capitale Européenne des Littératures (ACEL), organisatrice du Prix, un message de soutien que nous sommes heureux de reproduire ici dans son intégralitéœ: « Donner un visage à chaque culture d’Europe : cette belle ambition du Prix Européen de Littérature, la Ville et la Communauté Urbaine de Strasbourg la partagent entièrement, et apportent avec conviction leur soutien à cette initiative exigeante et de longue haleine. Chaque année depuis trois ans, le Prix Européen de Littérature honore une grande figure choisie parmi les pays membres de la grande Europe. Plus que la géographie, ce qui réunit ces pays est la conviction que l’Europe partage à la fois des valeurs – la culture et la démocratie, inséparables – et un besoin essentiel de partage, de circulation, de confrontation des textes et des idées. À Strasbourg, ville-carrefour, ville du croisement des langues et de la rencontre des cultures, le Prix Européen de Littérature trouve tout naturellement sa place.
     « Strasbourg est historiquement une ville du livre, et conduit une politique volontariste de développement de la lecture publique. Cette action s’appuie sur un réseau de médiathèques actif sur tout le territoire de la communauté urbaine, mais aussi sur l’énergie des libraires, des associations et des institutions culturelles. Dans le foisonnement des initiatives de ces partenaires, les littératures européennes occupent une place de choix, et le Prix européen des Littératures vient donner une dimension et un sens supplémentaires à ce goût de la découverte.
     « Strasbourg revendique à raison d’être une capitale européenne des littératures, et le Prix Européen de Littérature contribue activement à ce projet. Hier l’Espagne, la Finlande et la Pologne, aujourd’hui l’Allemagne, demain d’autres pays encore : au-delà des auteurs et auteures que ce Prix distingue, un patrimoine de mots, d’images et d’émotions se construit dans la durée. Le nouveau site « Prix Européen de Littérature – Strasbourg » le démontre clairement : derrière chaque texte, nous découvrons une littérature, et derrière chaque littérature, une culture à la fois proche et différente de la nôtre. Se construit ainsi un imaginaire ouvert, pluriel et toujours en mouvement. Nous sommes heureux de partager cette aventure avec le Prix Européen de Littérature. » 
     Ce message est signé de  Mme Souad El Maysour, Vice-Présidente de la Communauté Urbaine de Strasbourg, et de M. Daniel Payot, Adjoint au Maire de la Ville de Strasbourg, chargé de la Culture.           

© Copyright ACEL 2010