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12 et 13 mars : les 5° RENCONTRES EUROPÉENNES DE LITTÉRATURE À STRASBOURG
ALBERTO MANGUEL, invité d'honneur des 5° Rencontres Européennes de Littérature, 12-13 mars 2010
Le grand écrivain canadien d'origine argentine ALBERTO MANGUEL est l'invité d'honneur des 5° Rencontres Européennes de Littérature à Strasbpourg, Né en 1948 à Buenos Aires, Alberto Manguel a été élevé en Israël (où son père était ambassadeur) par une gouvernante tchèque qui s'exprimait en anglais et en allemand. De retour en Argentine, il apprend l'espagnol et, tout jeune encore, a le privilège de faire la lecture à Jorge Luis Borges devenu aveugle. Proche de Cortazar et de Bioy Casares, il se fait traducteur, éditeur et romancier. Il passe une vingtaine d’années au Canada, à Toronto, et devient citoyen canadien en 1985. Après l'Italie, l'Angleterre, Tahiti, et le Canada, Alberto Manguel s'est installé en France en 2001, dans un vieux presbytère près de Châtellerault.
Alberto Manguel vit par les livres et pour les livres. Sa langue, c'est l'écriture. Sa patrie, c'est sa bibliothèque : « Je possède plus de trente mille livres, déclarait-il récemment. Il est donc difficile de s'y retrouver sans une certaine logique. Une logique qui ne conviendrait sans doute pas à d'autres lecteurs. Je range mes livres par langues: il y a donc une section française, anglaise, allemande, italienne, russe, espagnole... Et dans ces sections, par ordre alphabétique d'auteur, sans distinction de genre. Mais j'ai aussi quelques sections thématiques, sur le Moyen Age, le corps, la légende de Faust, la littérature policière... […] Une bibliothèque est le reflet de votre façon de penser; c'est un autoportrait. Je pourrais vous raconter ma vie à travers ma bibliothèque, et il m'arrive souvent de penser que j'aimerais aller chez quelqu'un que je ne connais pas et deviner sa vie juste en regardant et lisant les livres qu'il a sur ses étagères. »
Qui mieux que ce parfait cosmopolite, passionné de littérature, peut nous aider à prendre la distance nécessaire pour considérer ce qu'est dans le monde d'aujourd'hui et celui qui se prépare la littérature européenne : ses forces, ses limites et ce que pourrait être son avenir : « Pour moi qui suis né en Argentine, ajoutait-il, Proust ou Stevenson ne sont pas des étrangers. Ils font partie de ma famille. Ce sont mes racines et mes amis. La lecture est le meilleur moyen d'accéder à un Ailleurs où nous pouvons être heureux. En effet, nous passons notre temps à croire que le quotidien, la politique, l'économie, la religion sont des réalités qui nous définissent. Mais c'est un leurre ! La seule véritable réalité, celle dont on peut toucher les racines, est celle que nous découvrons dans les livres. En lisant, nous abordons sur les rives d'un Ailleurs, c'est-à-dire d'un pays que nous ne connaissons pas encore. Et pourtant, en découvrant ce pays, nous savons que nous ne faisons que revenir, en fait, à un endroit que nous connaissons mais où nous ne nous sommes jamais rendus. Cette redécouverte de ce que nous n'avons pas connu est le cœur du plaisir de la lecture. »
Alberto Manguel a publié a publié de nombreuses anthologies, des romans, des traductions et surtout de merveilleux essais. Parmi ses nombreux livres traduits en français, on se bornera à en citer quelques-uns, tous publiés aux Éditions Actes Sud : Dictionnaire des lieux imaginaires (The dictionary of imaginary places, 1980) ; Dernières nouvelles d'une terre abandonnée (News from a foreign country came, 1991), roman ; Une histoire de la lecture (History of reading, 1996), essai ; Dans la forêt du miroir. Essai sur les mots et sur le monde (Into the looking-glass wood, 1998) ; Petites histoires de la littérature américaine (A Gossipy History of American Literature, 1999) ; La Bibliothèque de Robinson. Autoportrait d’un bouquineur (A visit to the dream bookseller. The library of Robinson Crusoé, 2000) ; Chez Borges (With Borges, 2003) ; Journal d’un lecteur (A Reading Diary, 2004) ; La Bibliothèque, la nuit (The Library at night, 2006) ; Tous les hommes sont menteurs (Todos los hombres son mentirosos, 2008).
KIKI DIMOULA, Prix Européen de Littérature 2010
Le PRIX EUROPÉEN DE LITTÉRATURE 2010 est attribué à l’écrivain grec Kiki DIMOULA pour l’ensemble de son œuvre de poète et de prosateur, l’une des plus fortes et des plus représentatives de la Grèce d’aujourd’hui.
Kiki Dimoula est née à Athènes en 1931. En 1949, à la fin de ses études secondaires, elle entre à la Banque de Grèce où elle travaillera pendant vingt-cinq ans. Elle publie en 1952 son premier recueil de poèmes. En 1954 elle épouse Àthos Dimoulas, poète lui aussi, dont elle aura deux enfants.
Bien plus tard, pressée de rédiger sa notice biographique, elle écrira : « Mes études supérieures : les années passées auprès du poète Àthos Dimoulas. Sans lui je me serais contentée, j’en suis sûre, d’une paresse rêveuse et ignorante, vers laquelle je penche encore, sagement peut-être. Je lui dois d’y avoir échappé ne serait-ce qu’en partie, je lui dois mon initiation, incomplète sans doute, à la poésie. »
En 1971, elle publie son cinquième recueil, Le peu du monde, qui lui vaut sa première reconnaissance officielle, le Second prix d’État, et une large renommée. Son mari meurt en 1986.
Elle reçoit le Premier prix d’État en 1989 pour Je te salue Jamais, puis le Prix Ouranis en 1994 pour L’adolescence de l’oubli. L’ensemble de son œuvre est couronné par l’Académie grecque, dont elle devient membre en 2002. Elle-même commente ainsi cette période : « Je me suis consacrée avec abnégation à mon rôle de mère, et c’est avec une tendre vaillance que je me suis entendue appeler ‘‘grand-mère’’. À présent je coule tranquillement et sans idées de perpétuation dans ces nouvelles dérivations de mon sang. Je coule, et plus j’approche de l’estuaire, plus je rêve que la poésie va me lancer la bouée d’un poème. »
L'œuvre de Kiki Dimoula a été traduite en anglais, italien, espagnol, allemand, bulgare, polonais et suédois. À l’occasion de la remise du Prix Européen de Littérature à Kiki Dimoula le 13 mars 2010, paraîtront deux ouvrages, traduits par Michel Volkovitch, chez Poésie Gallimard et aux Éditions Arfuyen, partenaires du Prix.
MICHEL VOLKOVITCH, Bourse de Traduction 2010 du Prix Européen de Littérature
PIERRE DHAINAUT, Prix de Littérature Francophone Jean Arp 2010
Le PRIX DE LITTÉRATURE FRANCOPHONE JEAN ARP 2010 est attribué au poète et essayiste Pierre DHAINAUT (France) pour l’ensemble de son œuvre, depuis son premier livre Le poème commencé, paru il y a quarante ans au Mercure de France (1969), jusqu’à Dans la main du poème, recueil d’essais paru aux Écrits du Nord en 2007.
Pierre Dhainaut est né le 13 octobre 1935 à Lille. S’il aime le Nord, c’est moins celui des banlieues ouvrières où il passa son enfance et son adolescence que celui de la plaine des Flandres et surtout celui de la mer : dès 1957, après sa rencontre avec Jacqueline, il vit à Dunkerque, où s’est déroulée toute sa carrière de professeur. Mais d’autres lieux lui sont nécessaires, pour lesquels il écrira également, en particulier la Chartreuse et l’Aubrac.
Après avoir subi l’influence du surréalisme, il publie au Mercure de France en 1969 son premier livre, Le poème commencé. La ferveur qui l’animait sera remise en cause avec violence entre 1970 et 1977 dans Jour contre jour, Le regard, la nuit blanche, Efface, éveille, Au plus bas mot. La crise dénouée, il aspire à une expression qui interroge autant qu’elle célèbre et révèle un pays d’accueil dans la durée commune. L’âge du temps et davantage Le retour et le chant ouvrent cette période nouvelle, de Pages d’écoute à Fragments d’espace ou de matin. De ces moments témoignent une anthologie, Dans la lumière inachevée (Mercure de France), ainsi qu’un volume d’entretiens avec Patricia Castex Menier, À travers les commencements. Viennent ensuite, de Fragments et louanges à Pluriel d’alliance, une série de recueils dédiés aux petits-enfants. Les prolongent Levées d’empreintes et Sur le vif prodigue.
À quelques-uns des poètes qu’il a rencontrés et qui l’ont marqué, il a rendu hommage par des livres ou numéros spéciaux de revues : Octavio Paz, Bernard Noël, Jean-Claude Renard et surtout Jean Malrieu dont il a préparé aussi plusieurs éditions posthumes. Dans la main du poème reproduit un choix de ses articles. Un colloque, sous la direction d’Aude Préta de Beaufort et de Jean-Yves Masson, a été consacré à Pierre Dhainaut à la Sorbonne en avril 2007. Une monographie retraçant les étapes de son œuvre a été publiée par Sabine Dewulf aux Éditions des Vanneaux en 2008.
La remise du Prix de Littérature Francophone Jean Arp 2010 aura lieu le samedi 13 mars 2010, dans les salons de l'Hôtel de Ville de Strasbourg. À cette occasion, un recueil inédit de Pierre Dhainaut sera publié aux Éditions Arfuyen, partenaires du Prix.
RENÉ SCHICKELE, Prix du Patrimoine Nathan Katz 2010
Le PRIX DU PATRIMOINE NATHAN KATZ 2010 distingue l’œuvre de René SCHICKELE afin d’en donner enfin, 70 après sa mort, une approche nouvelle, débarrassée des lectures partisanes qui l’ont longtemps déformée.
René Schickele est né en 1883 à Obernai, dans l’Alsace annexée par le Reich allemand. Son père est originaire de Mutzig, sa mère du Territoire de Belfort. Par la force de l’histoire, l’allemand, langue de l’école, deviendra la langue de cet écrivain pourtant viscéralement opposé à l’Allemagne militariste de Guillaume II, et plus encore au totalitarisme nazi. Dès 1901, il fonde à Strasbourg la revue d'avant-garde Der Stürmer qui défend l’idée d’une « alsacianité de l’esprit » fondée sur une perspective européenne et sur la vocation médiatrice de l’Alsace entre France et Allemagne. En 1909, journaliste à Paris, il est fortement impressionné par le socialisme pacifiste de Jaurès qui restera sa référence essentielle. De retour à Strasbourg en 1911, il est rédacteur en chef du journal libéral de Gustave Stoskopf, la Straßburger Neue Zeitung. Quand éclate la Première Guerre mondiale, il se réfugie en Suisse et transforme la revue expressionniste Die weißen Blätter en un organe de l’internationale pacifiste.
En novembre 1918, il est à Berlin où il œuvre à la réalisation de son idéal socialiste et pacifiste. Mais l’échec de la Révolution allemande brise en lui le ressort de l’engagement politique. En 1922, il s’installe à Badenweiler, sur la rive allemande du Rhin, se définissant lui-même comme « citoyen français und deutscher Dichter ». C’est durant cette période qu’il écrit sa grande trilogie romanesque, Das Erbe am Rhein (1926-1931).
Il est élu à l’Académie de Berlin, en compagnie de Thomas Mann et d’autres grandes figures de la littérature germanophone. Pris à partie par la presse nazie en tant que pacifiste, il part dès l’automne 1932 pour la Provence, ouvrant la voie à tous les artistes de langue allemande qui se réfugieront eux aussi dans le Midi de la France. Le régime nazi brûle ses livres et l’interdit d’édition. Dès lors il publie chez les éditeurs de l’exil, notamment à Amsterdam. Son dernier texte, significativement intitulé Le Retour, marque son retour à la langue de sa mère. Il meurt à Vence, le 31 janvier 1940.
À l’occasion de la remise du Prix du Patrimoine Nathan Katz le 13 mars 2010, paraîtront deux ouvrages de René Schickele : Le Retour, texte écrit en français, aux Éditions bf, et Paysages du ciel (Himmlische Landschaft), traduit pour la première fois de l’allemand par Irène Kuhn et Maryse Staiber, aux Éditions Arfuyen, partenaires du Prix.
IRÈNE KUHN et MARYSE STAIBER, Bourse de Traduction 2010 du Prix du Patrimoine Nathan Katz
La BOURSE DE TRADUCTION 2010 DU PRIX DU PATRIMOINE NATHAN KATZ est attribuée à Irène KUHN et Maryse STAIBER pour la première traduction en français de Himmlische Landschaft, de René SCHICKELE, et pour l’ensemble de leur travail d’étude et de mise en valeur du patrimoine littéraire de l’Alsace.
Née à Strasbourg en 1947, Irène Kuhn a fait des études de germanistique à Strasbourg, Hanovre, Berlin, Leipzig et Paris. Titulaire de l’Agrégation d’allemand et d’un doctorat portant sur les traductions de Baudelaire et leur réception dans l’espace germanophone, elle a enseigné au Fremdspracheninstitut de Munich avant de retrouver la ville de son enfance. Nommée maître de conférences à l’Université de Strasbourg, elle s’est beaucoup engagée pour la formation des traducteurs littéraires (DESS, Master professionnel). Irène Kuhn est l’auteur de publications universitaires, pour la plupart consacrées à la traduction littéraire (Antoine Bermans „produktive” Übersetzungskritik. Entwurf und Erprobung einer Methode, Tübingen, 2007) et d’une série d’ouvrages bilingues („Zweisprachige Reihe” aux Éditions dtv à Munich). Elle est l’auteur de très nombreuses traductions (une bonne centaine de titres publiés) de l’allemand vers le français (histoire de l’art, sciences humaines, théâtre…) et du français vers l’allemand (notamment Baudelaire, Gide, Piaget, Julien Green, Eugène Ionesco).
Maryse Staiber est née en 1953 à Stuttgart. Elle a fait des études de littérature, langues et civilisations romanes, anglaises et américaines à l’Université de Tübingen et à l’Université de Paris III et Paris IV-Sorbonne, puis des études allemandes à l’Université de Strasbourg. Titulaire de l’Agrégation d’allemand, d’un doctorat et d’une habilitation sur l’œuvre de René Schickele, Maryse Staiber est actuellement professeur à l’Université de Strasbourg.
Maryse Staiber est l’auteur de nombreuses publications sur la poésie du xxe siècle, notamment sur Yves Bonnefoy et Claude Vigée. Elle a donné deux importants ouvrages sur René Schickele : L’« exil » de René Schickele, 1932-1940 (Strasbourg, 1988) et L’Œuvre poétique de René Schickele (Presses Universitaires de Strasbourg, 1998). On lui doit également deux recueils de poèmes : Wir wollen Traumrad fahren (Strasbourg, 1996) et Migration (bf éditeur, Strasbourg, 2001). Depuis 2008, elle dirige la Revue Alsacienne de Littérature.
À l’occasion de la remise de la Bourse de Traduction du Prix du Patrimoine Nathan Katz le 13 mars 2010, paraîtra Paysages du ciel (Himmlische Landschaft, 1933), de René Schickele, traduit pour la première fois en français par Irène Kuhn et Maryse Staiber, aux Éditions Arfuyen, partenaires du Prix.
Chez Yvonne les littératures européennes et francophones ont à Strasbourg leur maison
EN SOUVENIR D'UNE GRANDE EUROPÉENNE, LOUISE WEISS
Message de parrainage de la Ville et la Communauté Urbaine de Strasbourg
La Ville et la Communauté Urbaine de Strasbourg, partenaires du Prix Européen de Littérature depuis sa création, ont adressé à l'Association Capitale Européenne des Littératures (ACEL), organisatrice du Prix, un message de soutien que nous sommes heureux de reproduire ici dans son intégralitéœ: « Donner un visage à chaque culture d’Europe : cette belle ambition du Prix Européen de Littérature, la Ville et la Communauté Urbaine de Strasbourg la partagent entièrement, et apportent avec conviction leur soutien à cette initiative exigeante et de longue haleine. Chaque année depuis trois ans, le Prix Européen de Littérature honore une grande figure choisie parmi les pays membres de la grande Europe. Plus que la géographie, ce qui réunit ces pays est la conviction que l’Europe partage à la fois des valeurs – la culture et la démocratie, inséparables – et un besoin essentiel de partage, de circulation, de confrontation des textes et des idées. À Strasbourg, ville-carrefour, ville du croisement des langues et de la rencontre des cultures, le Prix Européen de Littérature trouve tout naturellement sa place.
« Strasbourg est historiquement une ville du livre, et conduit une politique volontariste de développement de la lecture publique. Cette action s’appuie sur un réseau de médiathèques actif sur tout le territoire de la communauté urbaine, mais aussi sur l’énergie des libraires, des associations et des institutions culturelles. Dans le foisonnement des initiatives de ces partenaires, les littératures européennes occupent une place de choix, et le Prix européen des Littératures vient donner une dimension et un sens supplémentaires à ce goût de la découverte.
« Strasbourg revendique à raison d’être une capitale européenne des littératures, et le Prix Européen de Littérature contribue activement à ce projet. Hier l’Espagne, la Finlande et la Pologne, aujourd’hui l’Allemagne, demain d’autres pays encore : au-delà des auteurs et auteures que ce Prix distingue, un patrimoine de mots, d’images et d’émotions se construit dans la durée. Le nouveau site « Prix Européen de Littérature – Strasbourg » le démontre clairement : derrière chaque texte, nous découvrons une littérature, et derrière chaque littérature, une culture à la fois proche et différente de la nôtre. Se construit ainsi un imaginaire ouvert, pluriel et toujours en mouvement. Nous sommes heureux de partager cette aventure avec le Prix Européen de Littérature. »
Ce message est signé de Mme Souad El Maysour, Vice-Présidente de la Communauté Urbaine de Strasbourg, et de M. Daniel Payot, Adjoint au Maire de la Ville de Strasbourg, chargé de la Culture.