Logo prix européen de littérature

EUROPEAN PRIZE FOR LITERATURE

2014

Jon FOSSE

NORWAY / NORVÈGE

Jon Fosse est le 10e Lauréat du Prix Européen de Littérature. Il est né en 1959 à Haugesund, sur la côte ouest de la Norvège. Un accident survenu à l’âge de sept ans a considérablement marqué sa personnalité. Les veines de son poignet sont sectionnées par un morceau de verre, déclenchant une forte hémorragie. Mais l’enfant n’appelle pas sa mère et perd peu à peu connaissance. L’expérience de cette mort vécue éclaire ce qu’il peut y avoir d’étrange et d’irréductible dans l’œuvre aussi bien romanesque et poétique que théâtrale de Jon Fosse.

Jon Fosse a publié son premier roman, Raudt, svart (Rouge, noir), en 1983. Ce n’est qu’onze ans plus tard, après une quinzaine de romans, récits, essais, recueils de poèmes et livres pour enfants, qu’il écrit sa première pièce de théâtre, Et jamais nous ne serons séparés (1994), à l’instigation du jeune metteur en scène Kai Johnsen. Ses trois pièces suivantes, Le nom (1995), Quelqu’un va venir (1996) et L’enfant (1997) lui valent une large reconnaissance comme dramaturge. Pour autant, il ne renonce pas aux autres formes d’écriture. C’est en 1995 et 1996 que paraissent Melancholia I (publié chez POL en 1998) et II (Circé, 2002) qui consacrent sa place de romancier. Durant ces mêmes années paraissent deux recueils de poèmes essentiels : Dikt (1995) et Nye dikt (1997).

Dans ces différentes formes se retrouvent une même écriture dénudée et obsessionnelle, une même ambiance lourde et menaçante : « Lorsque j’écris un texte qui me paraît bien écrit, quelque chose de nouveau vient au monde [...], quelque chose d’inconnu, quelque chose qui auparavant n’existait pas se met à exister. C’est cela l’écriture, quelque chose que l’on pourrait presque désigner comme un univers, apparaît et se met à exister pour la première fois.

Jon Fosse vit à Bergen, en Norvège. Ses textes ont été traduits dans une quarantaine de langues. Il a reçu le Nynorsk Literature Prize (1988 et 2003), le Swedish Academy’s Nordiska Pris (2007) et le Prix International Ibsen (2010).

BIBLIOGRAPHIE

THÉÂTRE
Og aldri skal vi skiljast (Et jamais nous ne serons séparés) (1994) ; Namnet (Le Nom) (1995) ; Nokon kjem til å komme (Quelqu’un va venir) (1996) ; Barnet (L’Enfant) (1996) ; Mor og barn (Mère et Enfant) (1997) ; Sonen (Le Fils) (1997) ; Natta syng sine songar (Et la nuit chante) (1997) ; Gitarmannen (L’Homme à la guitare), monologue (1998) ; Ein sommars dag (Un jour en été) (1999) ; Draum om hausten (Rêve d’automne) (1999) ; Medan lyset går ned og alt blir svart (Quand la lumière baisse et que le noir se fait) (1999) ; Sov du vesle barnet mitt (Dors mon petit enfant) (2000) ; Besøk (Visites) (2000) ; Vinter (Hiver) (2000) ; Ettermiddag (Après-midi) (2000) ; Vakkert (Beau) (2001) ; Dødsvariasjonar (Variations sur la mort) (2001) ; Jenta i sofaen (La Jeune Fille sur un canapé) (2002) ; Lilla (Violet) (2003) ; Suzannah (2004) ; Dei døde hundane (Les Chiens morts) (2004) ; Sa ka la (2004) ; Varmt (Une chaude journée) (2005) ; Svevn (Les jours s’en vont) (2005) ; Rambuku (2006) ; Skuggar (Ombres) (2006) ; Eg er vinden (Je suis le vent) (2007) ; Ylajali (2012).

ROMANS
Raudt, svart (Rouge, noir) (1983) ; Stengd gitar (Guitare fermée) (1985) ; Blod. Steinen er. (Sang. La pierre est.) (1987) ; Naustet (La Remise à bateaux) (1989) ; Flaskesamlaren (Le Ramasseur de bouteilles) (1991) ; Bly og vatn (Plomb et Eau) (1992) ; To forteljingar (Deux récits) (1993) ; Prosa frå ein oppvekst (Enfance) (1994) ; Melancholia I. (1995) ; Melancholia II. (1996) ; Morgon og kveld (Matin et Soir) (2000) ; Det er Ales (C’est Alice) (2004) ; Andvake (Insomnie) (2007) ; Olavs draumar (Les Rêves d’Olav) (2012).

POÉSIE
Engel med vatn i augene (Ange aux yeux humides) (1986) ; Hundens bevegelsar (Les Mouvements du chien) (1990) ; Hund og engel (Chien et Ange) (1992) ; Nye dikt (Nouveaux poèmes) (1997) ; Auge i vind (Yeux dans le vent) (2003) ; Stein til Stein (2013).

DISCOURS

MESSAGE DE REMERCIEMENT DE JON FOSSE POUR LA RÉCEPTION DU PRIX EUROPÉEN DE LITTÉRATURE (Traduit du norvégien par Terje Sinding)

Je vous suis très reconnaissant de m’attribuer le Prix européen de littérature dans cette belle ville de Strasbourg. Que mon traducteur, Terje Sinding, soit associé à ce prix me procure un grand plaisir. Terje est ma voix française ; sans son travail je serais sans doute à peu près inconnu dans le monde francophone.

Je ne parle pas le français. Mais les langues sont, bien entendu, un sujet qui me passionne. À commencer par ma propre langue – le nynorsk – parlée par environ cinq cent mille personnes en Norvège. Cette langue est comprise par ceux qui utilisent une autre langue scandinave – le norvégien, le suédois ou le danois – c’est-à-dire par près de vingt millions de personnes. Mais elle n’est la langue principale que d’un demi-million d’entre elles.

Je voudrais donc profiter de cette occasion pour exprimer ma gratitude envers le nynorsk. Et pour dire que je lui dois ce prix. Écrire dans ce petit idiome ne m’a pas empêché d’être traduit dans plus de quarante langues. Mes pièces ont connu de très nombreuses mises en scène dans le monde entier, et mes poèmes et mes textes en prose sont lus dans beaucoup de pays.

Je pense qu’il est typiquement européen d’être aussi attaché à sa propre langue. L’Europe est une mosaïque de langues, et c’est cette mosaïque qui constitue l’Europe. La langue la plus importante et la plus répandue dans le monde n’est donc ni l’anglais, ni l’espagnol, ni le mandarin, mais la traduction !

Je ne suis pas présent à Strasbourg pour recevoir ce prix, et je le regrette. Après tant d’années à parcourir le monde – et aussi à consommer un peu trop d’alcool, pour être franc – j’ai dû changer de vie. J’ai cessé de voyager, et j’ai cessé de boire. Et ma timidité est telle qu’il m’est devenu trop difficile d’affronter un public sans cette béquille qu’est un verre de whisky. Voilà pourquoi je ne suis pas parmi vous.

Mais je lève mon verre d’eau pure pour porter un toast au Prix européen de littérature. Que l’Europe décerne un prix de littérature est une excellente chose, et je remercie de tout cœur le jury qui m’a jugé digne de le recevoir.

Oslo, février 2015