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RENCONTRES 2009

SÉANCE INAUGURALE

VENDREDI 13 MARS 2009

14 h - 14 h 15
Librairie Internationale Kléber

Ouverture des Rencontres par Daniel Payot
Adjoint à la Culture de la Ville de Strasbourg

Intervention de Alain Beretz
Président de l’Université de Strasbourg

Présentation du programme
par Jacques Goorma, Secrétaire Général de l’ACEL

14 h 15 - 16 h 15
Librairie Internationale Kléber
Président de séance : Patrick Werly

Conférence inaugurale
Y A-T-IL UNE LITTÉRATURE EUROPÉENNE ?

La recommandation sur l’enseignement de la littérature européenne
par Guy Fontaine

La politique du Conseil de l’Europe pour la littérature européenne et son enseignement
par Anne Brasseur, Présidente de la Commission de la Culture du Conseil de l’Europe

La (les) littérature(s) européenne(s) entre littératures nationales  et mondialisation
par Guy Fontaine et Jean-Yves Masson 

AUTOUR DE GUSTAVE STOSKOPF

VENDREDI 13 MARS 2009

16 h 15 - 17 h 20
Librairie Internationale Kléber
Président de séance : François Pétry

Remerciement
par Nicolas Stoskopf, petit-fils de Gustave Stoskopf

Lecture d’un court récit de Gustave Stoskopf
par Cathy Bernecker et Roger Siffer

Discours de réception de la Bourse de Traduction du  Prix du Patrimoine Nathan Katz 2009
par Noctuel : «  Stoskopf conteur et les problèmes de traduction  »

L’homme de théâtre
par Roger Siffer

Lecture d’une courte scène de Gustave Stoskopf
par Cathy Bernecker et Roger Siffer

Le journaliste et animateur culturel
par Nicolas Stoskopf

Le peintre
par François Pétry

AUTOUR D’ANISE KOLTZ

SAMEDI 14 MARS 2009

10 h 30 - 12 h
Librairie Internationale Kléber
Président de séance :  Pascal Maillard

La place d’Anise Koltz dans la littérature luxembourgeoise
par Germaine Goetzinger, directrice du Centre National de la Littérature luxembourgeoise


Lecture de poèmes d’Anise Koltz par Jacques Goorma

Discours de réception du Prix de Littérature Francophone Jean Arp 2009
par Anise Koltz

Une lecture de l’œuvre d’Anise Koltz
par Jacques Goorma

Lecture de poèmes et de proses
par Anise Koltz 

REMISE SOLENNELLE DES GRANDS PRIX LITTÉRAIRES DE STRASBOURG

SAMEDI 1er MARS 2008

Hôtel de Ville de Strasbourg
13 h - 14 h 30

Réception donnée par M. ROLAND RIES,
Sénateur-Maire de Strasbourg,

en l’honneur des Lauréats 
des Grands Prix Littéraires de Strasbourg
et remise des Prix


en présence de Madame Anne BRASSEUR, Présidente de la Commission de la Culture du Conseil de l’Europe

M. Robert PALMER, Directeur de la Direction de la Culture du Conseil de l’Europe

M. l’Ambasadeur Eberhard KÖLSCH, Représentant Permanent d’Allemagne auprès du Conseil de l’Europe
et M. l’Ambassadeur Ronald MAYER, Représentant Permanent du Luxembourg auprès du Conseil de l’Europe


– M. ROLAND RIES pour le Prix Européen de Littérature 2009 : TANKRED DORST (Allemagne)
et pour la Bourse de Traduction du Prix Européen de Littérature 2009 : HÉLÈNE MAULER et RENÉ ZAHND (Suisse)

– M. ADRIEN ZELLER, Président du Conseil Régional, pour le Prix du Patrimoine Nathan Katz 2009 : GUSTAVE STOSKOPF  traduit de l’alsacien par BENJAMIN SUBAC-NOCTUEL

– M. ALAIN BERETZ, Président de l’Université de Strasbourg, et M. Denis LOUCHE, Directeur de la DRAC Alsace,
pour le Prix de Littérature Francophone Jean Arp 2009 : ANISE KOLTZ (Luxembourg)  

AUTOUR DE TANKRED DORST

SAMEDI 14 MARS 2009

15 h - 16 h 30
Librairie Internationale Kléber
Président de séance :  Vladimir Fisera

Hommage amical à Tankred Dorst
par Gaston Jung

Discours de réception du Prix Européen de Littérature 2009
par Tankred Dorst (prononcé en allemand et distribué en traduction française)

Discours de réception de la Bourse de Traduction du Prix Européen de Littérature
par Hélène Mauler et René Zahnd (Suisse)
 «  Dorst romancier et les problèmes de traduction  »

Lecture de textes de théâtre de Tankred Dorst
par Pauline Ringeade, élève du groupe XXXIX du Théâtre National de Strasbourg (TNS)

Tankred Dorst dans la littérature allemande contemporaine
par Maryse Staiber

Lecture de textes de théâtre de Tankred Dorst
par Pauline Ringeade, élève du groupe XXXIX du Théâtre National de Strasbourg (TNS)

RÉCEPTION EN L’HONNEUR DE TANKRED DORST

SAMEDI 14 MARS 2009

18 h - 20 h  
Résidence du Représentant Permanent d’Allemagne
auprès du Conseil de l’Europe

Réception donnée
par M. L’AMBASSADEUR EBERHARD KÖLSCH
Représentant Permanent de l’Allemagne auprès du Conseil de l’Europe


en l’honneur du Lauréat du Prix Européen de Littérature 2009,
TANKRED DORST 

et de ses traducteurs
HÉLÈNE MAULER et RENÉ ZAHND

en présence des organisateurs et partenaires
du Prix Européen de Littérature
et de la Communauté culturelle allemande de Strasbourg

REVUE DE PRESSE

Œuvre et destin
DNA (18/03/2009) par Antoine WICKER

     L’Association Capitale Européenne des Littératures invitait ce week-end à Strasbourg autour des Lauréats de son palmarès 2009 – le dramaturge allemand Tankred Dorst et la poétesse luxembourgeoise Anise Koltz.
     Une parfaite et remarquable boucle historique s’y noua en Salle blanche de la librairie Kléber où ces rencontres, pour partie programmées aussi au Palais universitaire, s’étaient pour cause de mouvement social repliées – ce que regretta Alain Beretz, président de l’Université, en invoquant le clair engagement de cette Université dans ces Rencontres.
     Gaston Jung, dont beaucoup savent le fier combat qu’il mène contre la maladie, avait tenu à y saluer son ami Tankred Dorst – il avait au Jury du Prix suggéré le nom du dramaturge allemand, dont il a il y a quarante cinq ans commencé d’introduire à Strasbourg en même temps qu’en France, avec une mise en scène de La grande imprécation devant les murs de la ville au Théâtre des Drapiers, la considérable œuvre dramatique. 
     D’autres ensuite – Patrice Chéreau en France comme Peter Zadek en Allemagne – s’en empareront, et Gaston de tout temps y décela, dit-il, une « sensibilité sociale et politique » qu’il apparente à ce que fut en termes de modernité la leçon d’un Büchner ou d’un Brecht. Ce qu’ici évoquèrent aussi Vladimir Fisera ou Maryse Staiber, sur le thème de « l’échec des utopies » tel que Dorst l’étudie avec triviale et sensible ironie, dans Merlin ou la terre dévastée, son grand œuvre dramatique, comme dans Le Voyage à Stettin qu’à l’occasion de ce palmarès traduisent en français Hélène Mauler et René Zahnd.
     Les prix de l’ACEL honorent des œuvres autant que les destins qui les ont suscitées – celui de Dorst est exemplaire, tel qu’inscrit dans Le Voyage à Stettin  : né parmi les paysans de Thuringe en 1925, enrôlé dans les Jeunesses hitlériennes puis à dix-sept ans dans l’armée allemande, fait prisonnier aussitôt et détenu en Angleterre puis aux États-Unis – c’est dans un pays dévasté qu’il rentre en 1947, sans imaginer qu’un jour il y survivrait à ces paysages de ruines et de décombres.
     Et c’est un autre destin que distingue ce palmarès en la personne d’Anise Koltz, lauréate du Prix Jean Arp  : poétesse de remarquable rayonnement, assurément, ouverte à tous les mondes contemporains – elle en dénonce sans faiblesse la corruption, l’injustice et la violence, la pente élitaire ou folkloriste, comme l’indiquèrent Pascal Maillard ou Jacques Goorma ; mais femme d’action aussi bien, qui un jour – son mari torturé pendant la guerre par les nazis avait cette année-là fini par succomber aux séquelles de cette épreuve – renonça à la langue allemande, opta pour la langue et l’esprit français, tout en militant activement, comme elle le fit d’abord avec son mari, au sein des Journées littéraires de Mondorf ou au sein de l’Académie européenne de poésie qu’elle préside, pour l’avènement, dans l’espace franco-allemand, d’une société multiculturelle.
     À Tankred Dorst et à ses traducteurs, à Anise Koltz, à Noctuel pour sa traduction des contes de Gustave Stoskopf, Strasbourg a rendu hommage à l’Hôtel de Ville, à l’occasion d’une séance présidée – à juste hauteur des enjeux européens ici cristallisés –, par Daniel Payot, chargé des dossiers culturels auprès du maire de la ville, en présence de représentants des institutions européennes et de la DRAC alsacienne. Y fut rediscutée aussi, sur la question de l’enseignement des langues et littératures en Europe et de l’immense chantier qui y est proposé à la traduction, la substance d’une conférence inaugurale proposée à ces Journées par Guy Fontaine et Jean-Yves Masson, autour d’Anne Brasseur, présidente de la Commission de la culture, de la science et de l’éducation du Conseil de l’Europe. Ce que résuma par exemple Masson : « La situation faite, en France particulièrement, à l’enseignement des langues et des littératures est dramatique : cet enseignement est devenu pour chacun un combat ». Un « engagement », un «  impératif  », dit-il.

Les 4° Rencontres Européennes de Littérature
Hebdocope (25/03/2009) par Françoise URBAN-MENNINGER

     Organisées en partenariat avec l’Université de Strasbourg, la Ville de Strasbourg et la librairie Kléber avec le soutien du Conseil régional, de l’OLCA, de la DRAC Alsace et du Ministère des Affaires Étrangères et Européennes, ces journées se sont ouvertes par une conférence inaugurale sur le thème : «  Y a-t-il une littérature européenne ?  » en présence de la Luxembourgeoise Anne Brasseur, présidente de la Commission de la culture de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Le choix des Lauréats des Grands Prix de Littérature remis le 14 mars à l’Hôtel de Ville apporte une réponse évidente a cette question.
    Tankred Dorst, lauréat du Prix Européen de Littérature 2009, se voit distingué pour l’ensemble de son œuvre. Écrivain européen de stature internationale, Tankred Dorst est également dramaturge, cinéaste et metteur en scène. C’est l’Alsacien Gaston Jung alors directeur des Drapiers qui a monté et créé l’une de ses premières pièces en France à Strasbourg. Maryse Staiber, en présentant Tankred Dorst à la librairie Kléber, relève dans l’œuvre de celui-ci une «  vision mortifère de l’Histoire du vingtième siècle  », l’auteur étant l’une des dernières grandes figures de la génération formée sous le nazisme. Marquées par l’Histoire, les histoires de Tankred Dorst proposent une méditation sur l’échec des utopies. Maryse Staiber souligne également dans les écrits de l’auteur le souci du dialogue, des autres, de l’altérité que l’on retrouve aussi bien dans les textes en prose que dans les pièces de théâtre. Le Voyage à Stettin est une œuvre dense et originale où se mêlent et fusionnent la poésie, le théâtre, l’autobiographie et l’histoire. Vladimir Fisera parlera de «  découpage filmique » quant à la composition de l’ouvrage.
     C’est en puisant dans son autobiographie que Dorst a choisi son argument pour Le Voyage a Stettin. Renvoyé au bout de trois jours d’un stage d’instruction de marine des Jeunesses hitlériennes au motif d’avoir lu pendant son tour de garde, il est incorporé en 1943 dans le Service du Travail Obligatoire, puis enrôlé à 18 ans dans l’armée allemande, fait prisonnier sur le front Ouest, il est détenu en Angleterre puis aux Etats-Unis. Il ne revient en Allemagne qu’en 1947 dans un pays ravagé par la guerre. Dorst lui-même s’exprimera à la librairie Kléber pour tenter d’expliquer «  le long et tortueux chemin qui le conduit à une histoire  ». Mais n’est-ce pas parfois l’inverse ? N’est-ce pas l’histoire (ou l’Histoire) qui cherche et interroge l’auteur ? Dorst à l’instar de Pirandello et de ses Six personnages en quête d’auteur trouve un ton ludique et enjoué pour nous transmettre les messages les plus graves. Hélène Mauler et René Zahnd salués pour leur fine traduction du Voyage à Stettin ont évoqué avec humour leur travail de duettistes dans la traduction qui est en fait, à leur sens, une autre forme d’écriture.
     Anise Koltz, grand écrivain luxembourgeois, présentée à la librairie Kléber par Germaine Goetzinger, Directrice du Centre National de la littérature luxembourgeoise, compose une œuvre qui est le symbole même de cette littérature européenne qui s’écrit en s’inscrivant dans le corps vivant d’une Europe en pleine mutation. Lauréate du Prix de Littérature francophone Jean Arp, remis par Alain Beretz, Président de l’Université de Strasbourg et Denis Louche, Directeur de la DRAC, Anise Koltz. Présidente de l’Académie Européenne de Poésie a d’abord écrit en allemand avant d’abandonner cette langue pour le français devenu dès lors sa «  patrie spirituelle  » et d’investir une nouvelle forme d’écriture. Parlant d’une «  véritable insurrection du langage  », Pascal Maillard a souligné le caractère de cette voix forte et singulière empreinte d’expressionnisme et de culture religieuse avec laquelle l’auteur va rompre brutalement «  Je ne crois plus en Dieu / c’est lui qui doit croire en moi ...  » Germaine Goetzinger notera le rapport que l’auteur entretient avec la langue. Un rapport de force qui amène le poète à se faire violence à l’instar d’un boucher : «  le couteau de ma langue dépèce les mots / mon tablier est noir de sang  ». Dans son livre La lune noircie, l’auteur qui est confrontée à l’énigme du vivant et au souffle de l’indicible nous confie s’être abandonnée à une autre réalité. Pour Anise Koltz. l’une des définitions possibles de la poésie est «  un silence déguisé avec des mots  ». Ce silence n’est autre que «  la page blanche souillée par l’ombre de la mort  ».
     Le Prix du Patrimoine Nathan Katz couronne l’œuvre de Gustave Stoskopf et Benjamin Subac dit Noctuel pour la traduction du texte alsacien Quand j’étais gosse et autres petites histoires alsaciennes. C’est l’œuvre monumentale de l’un des plus authentiques symboles de la culture alsacienne qui est mise à l’honneur. Celle d’un peintre raffiné qui peint, comme il écrit et inversement, par petites touches pour faire surgir sous le pinceau ou le crayon tous les personnages de la vie villageoise d’antan aujourd’hui disparus. Nul n’a oublié le célèbre D’r Herr Maire toujours au répertoire des troupes de théâtre dialectal. Benjamin Subac-Noctuel a mis toute son âme, son humour et son talent au service de cette traduction qu’il peaufine depuis plus de 40 ans ! Les textes sont savoureux à l’instar de cette préparation de repas d’enterrement et du dialogue goûteux qui en résulte avec un boucher, de ces histoires de parapluie qui nous rappellent les nôtres ou de la journée mémorable passée au messti... Les anecdotes sont cocasses, elles font rire ou sourire car ne sont-elles pas le reflet de nos petits travers ? Ces récits offrent un pur régal, ils sont l’équivalent des contes d’Alphonse Daudet en Provence ou des nouvelles de Maupassant en Normandie. C’est un vrai bonheur de pouvoir les déguster aujourd’hui.
     Plein de verve et avec beaucoup d’esprit, Noctuel remercia l’assemblée lors de la remise de son prix car «  des discours aux petits fours  », il n’y avait, disons-le, «  plus qu’une foulée  ». Quant à son livre, il est évident qu’il deviendra "un best-zeller" puisque c’est Adrien Zeller, Président du Conseil Régional qui le lui a remis en personne.
     Une littérature européenne ? La question se pose-t-elle encore ? Guy Fontaine y a répondu en publiant un manuel d’histoire de la littérature européenne intitulé Lettres européennes (paru aux Éditions De Boeck en 2007). Pour ce faire, il a associé pas moins de 200 universitaires et écrivains sur ce thème. L’échec intellectuel dont parlait Kundera en 2005 lorsqu’il regrettait que «  L’Europe n’avait pas réussi à penser sa littérature européenne comme une unité historique  » est aujourd’hui en grande partie infirmé par ces journées organisées et initiées par l’Association Capitale Européenne de Littérature (ACEL) qui a mis le cap sur ces territoires de l’esprit où l’on n’a jamais fini d’aborder.

Y a-t-il une littérature européenne ?
Cafébabel.com (30/03/2009) par Julie Beckrich

     Y a-t-il une littérature européenne, une Littérature européenne qui transcende les littératures européennes ? C’est à cette vaste question que la séance inaugurale des Rencontres européennes des littératures a invité à réfléchir à l’occasion de sa quatrième édition. Récit de ce moment européo et bibliophile, véritable appel à la protection de la diversité des langues et des modes d’expression…
     Avec un peu de retard et un brin essoufflée, j’arrive dans la salle de conférence de la Librairie Kléber, lieu de repli de la séance d’ouverture qui aurait du se dérouler au Palais Universitaire. Mais son « occupation » a, semble-t-il, délocalisé le rendez-vous. Je m’installe donc parmi l’audience, laquelle écoute attentivement une jeune fille donnant une lecture à haute voix. Ainsi aura-t-on donc su élire un texte, (LE texte ?) qui synthétise à lui seul ce que pourrait être La littérature européenne ? Je tends l’oreille afin de deviner quel auteur ou quelle œuvre est l’élu(e) : « Nous continuerons de condamner énergiquement toute forme de répression du mouvement social, comme celle qui s’est abattue ce jour sur les personnels de l’éducation nationale, de l’Université de Strasbourg et des organismes de recherche, étudiants, lycéens, parents d’élèves, qui manifestaient pacifiquement dans les rues de Strasbourg. » La lectrice conclut en précisant qu’il s’agissait là du Communiqué de presse suite aux réactions policières du 11 mars à Strasbourg.
     Particulièrement contemporain donc, ce texte n’est peut-être pas gravé dans le marbre de la littérature européenne, mais il tombe à pic lorsque l’on est sur le point de réfléchir à ce qui fait l’unité d’un moyen d’expression par delà les obstacles linguistiques et les décalages géographiques. En Grèce hier, en France aujourd’hui, le mécontentement social s’exprime dans les rues d’Europe et dans ses espaces ouverts à la libre expression, et, –le communiqué en témoigne –, ce sont là des fondamentaux auxquels les différents peuples d’Europe, unanimement, n’ont pas l’intention de renoncer. La séance se poursuit alors plus classiquement, et l’on commence par envisager la question de l’existence d’une Littérature européenne en examinant la place qui lui est réservée dans les programmes scolaires.
     De la littérature comparée à la Littérature européenne ?
     Aujourd’hui, l’enseignement littéraire aborde l’enseignement de ce qu’on appelle « la littérature comparée », ce qui implique une langue de référence, souvent la langue nationale de chaque pays. Je découvre donc l’Autre en le confrontant à mes propres classiques. Jusqu’ici, rien d’aberrant. Seulement, le risque de toute comparaison est qu’elle mène à la dérive de la hiérarchisation. Ainsi, en comparant deux modèles, pourrais-je avoir tendance à rechercher les carences ou les apports de l’un par rapport à l’autre. Une idée de « confrontation » à l’Autre prend alors le pas sur l’idéal de rencontre et d’échange.
     Anne Brasseur, qui préside depuis 2008 la commission de la culture, de la science et de l’éducation à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, a poursuivi sa réflexion en proposant une approche nouvelle de l’enseignement de la littérature européenne : plutôt que de comparer les littératures entre elles et de tracer des parallèles qui ne se rejoignent jamais, ne pourrait-on pas envisager d’enseigner demain une Littérature européenne qui témoigne au contraire de ce que les littératures d’Europe ont en commun ? Particulièrement le patrimoine culturel transmis par la Grèce et Rome ? Une telle approche déplace le curseur dans la relation entre l’Autre et moi, relation qui s’envisage désormais sous l’angle de la mêmeté plutôt que sous celui de l’altérité. C’est véritablement sur le caractère fédérateur de la littérature qu’Anne Brasseur a voulu insister : « Qu’est-ce que la littérature sinon un moyen d’être solidaire, de découvrir, par la lecture, ce que vivent, espèrent et souffrent les autres hommes ? » Dans le même esprit, le Manifeste pour l’enseignement des littératures européennes rédigé en 2007 souligne que « La littérature peut, au même titre que le politique et le social, éveiller la conscience d’une communauté de passé, de présent et de futur. »
     « La langue de l’Europe, c’est la traduction » Umberto Eco
     Puis la réflexion s’est portée sur la question même de l’unité de la littérature européenne. Peut-on d’ailleurs utiliser le singulier ? Et si tel est le cas, à quelle réalité renvoie l’idée d’une littérature européenne ? Pour tenter d’y répondre, Jean-Yves Masson, professeur de Littérature comparée à l’Université Paris-Sorbonne et directeur du Centre de Recherche en Littérature comparée, s’est d’abord posé cette question pour la musique : parle-t-on de La musique européenne ou des musiques européennes ? A vrai dire, on parle plutôt d’une musique occidentale, basée sur un langage musical commun (défini par convention en Europe, mais qui s’est répandu aux Etats-Unis et au Japon notamment…) Si ce code commun permet à la musique de « n’être qu’une » et de parcourir l’Europe sans entraves, les littératures d’Europe, elles, se heurtent aux frontières linguistiques.
     On prend conscience alors de l’enjeu de la traduction dans la diffusion de la littérature européenne. « La traduction, nous dit Jean-Yves Masson, est le fait pour une langue de s’emparer du bien des autres. » Ainsi, en m’appropriant la langue de mon voisin ai-je accès à sa façon de concevoir le monde. Alors, pour permettre aux littératures européennes de se rencontrer, il devient incontournable de faciliter l’accès à la traduction : par la diffusion d’œuvres traduites, ou encore par l’apprentissage des langues. Malheureusement, comme le souligne le Manifeste pour l’enseignement des littératures européennes, la traduction « demeure terriblement inégalitaire, liée aux politiques culturelles des Etats dont les enjeux sont souvent plus politiques ou économiques que strictement culturels. » C’est pour y remédier que la recommandation sur l’enseignement de la littérature européenne adoptée en 2008 par l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe a défini cinq priorités : reconnaître la perméabilité des littératures du continent, protéger le pluralisme des langues, prendre en compte les pratiques pédagogiques européennes, encourager la création littéraire, et enfin éditer et démultiplier la création littéraire.
     Réfléchir à l’existence d’une Littérature européenne aura d’abord réaffirmé combien la diversité des langues qui se rencontrent sur le continent européen contribue à en faire la richesse. Mais cela aura aussi révélé le chemin qui reste à parcourir pour donner à La littérature européenne une plus grande réalité. Pour qu’elle existe plus concrètement, il faut lui en donner les moyens. Le « combat pour les langues » en ceci est « un acte authentiquement européen », comme en a joliment conclu Jean-Yves Masson.

Les 4° Rencontres Européennes de Littérature 2009
Les Affiches-Moniteur (14/04/2009) par Michel LOETSCHER

     Les Grands Prix de Littérature 2009 ont été remis à l’Hôtel de Ville de Strasbourg. Attribué chaque année sous le haut patronage du Conseil de l’Europe et parrainé par la Ville de Strasbourg, le Prix européen de Littérature distingue, pour l’ensemble de son œuvre, le dramaturge, cinéaste, metteur en scène et romancier allemand Tankred Dorst.
     Le Prix de Littérature Francophone Jean Arp distingue la poétesse luxembourgeoise Anise Koltz pour son premier ouvrage en prose, La Lune noircie. Le Prix du Patrimoine Nathan Katz distingue à titre posthume Gustav Stoskopf (cf. Les Affiches-Moniteur n°24 du 24 mars) pour Quand j’étais gosse et autres petites histoires alsaciennes, traduit de l’alsacien par Noctuel.
     L’Allemagne en éclats
     L’œuvre romanesque du munichois Tankred Dorst, qui a vécu la Seconde Guerre mondiale, est encore inconnue en France. Le Voyage à Stettin (Die Reise nach Stettin, 1984) est traduit, un quart de siècle après sa parution originelle, par Hélène Mauler et René Zahnd, dont le travail a été distingué par la Bourse de Traduction du Prix Européen de Littérature. Le roman s’inscrit dans une veine autobiographique : en 1941, le jeune Dorst est renvoyé au bout de trois jours d’un stage d’instruction de marine des Jeunesses hitlériennes parce qu’il avait... lu pendant qu’il montait la garde.
     Versé à dix-huit ans dans les effectifs de la Wehrmacht, il est fait prisonnier en 1944 et entame une longue détention en Angleterre puis aux États-Unis, qu’il met à profit pour faire connaissance avec la littérature allemande qui lui était jusqu’alors inconnue (dont la Montagne magique, découverte en creusant une galerie sous une maison...), avant de revenir au pays à l’automne 1947 : «  Lorsque je suis rentré en Allemagne, j’étais absolument convaincu que je passerais ma vie au milieu des décombres et des ruines. Je pensais que jamais ces grandes villes démolies ne seraient reconstruites, que jamais plus les maisons ne formeraient des rues, que jamais plus il n’y aurait de lumière aux fenêtres  »...
     Après des études supérieures sans conviction à Bamberg et Munich, il fonde en 1953 « Das kleine Spiel », un Théâtre de marionnettes, et travaille pour le cinéma, la télévision, l’édition ou la radio. Sa première pièce, Die Kurve, est créée en 1960 à Lübeck. Depuis, son œuvre théâtrale, imposée notamment par Patrice Chéreau (Toller, 1970) et jouée à  travers l’Europe, interroge l’échec des  utopies éprises d’absolu.
     La blessure écrite
     La poétesse luxembourgeoise Anise Koltz (présidente de l’Académie européenne de Poésie) a reçu le Prix de Littérature Francophone Jean Arp 2009 pour La Lune noircie et pour l’ensemble d’une œuvre au long cours (une vingtaine d’ouvrages traduits et primés en de nombreux pays) dont la force d’interrogation et d’insoumission au « réel » mène, depuis Le Cirque du Soleil (Seghers, 1966) jusqu’à L’Ailleurs des mots (Arfuyen, 2007), à l’essentiel et à une réalité inconditionnée.
     Anise Koltz est la petite-nièce d’Emil Mayrisch (1862-1928), maître de forges luxembourgeois, créateur de l’ARBED (Aciéries réunies de Burbach, Eich et Dudelange) et de l’Entente internationale de l’Acier, qui avait jeté les bases d’une entente économique internationale qui annonçait le Marché Commun. Avec sa femme Andrée, il animait, dans leur château de Colpach, les rencontres internationales autour du Comité franco-allemand d’information et de documentation qui œuvrait, dans l’Europe issue du Traité de Versailles, au rapprochement franco-allemand.
     Les trois récits qui forment le recueil La Lune noircie mettent en scène Jonathan, un enfant aux « yeux vairons » dont la vie demeure à la marge de celle des autres ainsi que René, le mari d’Anise Koltz, torturé par les nazis et décédé des suites de ces sévices :
     « Je parle de l’aimé / II est partout / Sans issue ses pas / Quémandent un nouveau destin »
     Des mots sortis des rangs (errants ?) qui affrontent leur ombre et s’éclairent de l’insistante vérité de tout ce qu’ils savent déjà de nous...